Foire Aux Questions sur le Communisme

 

 

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Comme toute FAQ, il n’est nullement imposé de lire l’ensemble d’une traite pour comprendre le message du site.

Au programme :

 

I.                  C’est quoi le Capitalisme ?

 

I.1 C’est quoi le Capitalisme ?

I.2 Qu’est-ce que le libéralisme ?

I.3 Qui sont les capitalistes ? Qui sont les prolétaires ?

 

II.               Pourquoi vous êtes contre ?

 

II.1 Qu’est-ce donc que vous appelez l’exploitation ?

II.2 Vous dénoncez l’exploitation, mais il faut bien que les entrepreneurs vivent !

II.3 Le capitalisme n’est-il pas le système qui crée le plus de richesses ?

II.4 Dans le capitalisme, est-ce que chacun n’est pas libre de s’enrichir par lui-même et de changer sa position sociale ?

II.5 Avec plusieurs millions d’actionnaires dans chaque grand pays développé, est-ce que le capitalisme ne devient pas démocratique ?

II.6 Y a-t-il des méfaits de masse imputables au capitalisme en tant que système ?

II.7 Quel rapport entre le capitalisme et le colonialisme ?

II.8 Quel rapport entre capitalisme et esclavagisme ?

II.9 Quels sont les causes et les bilans des guerres anticommunistes ?

II.10 Quel est le bilan humain du capitalisme ?

 

III.            C’est quoi le Communisme ?

 

III.1 Quelle est la différence entre socialisme et communisme ?

III.2 Le Communisme, c’est l’URSS, la Chine, la Corée du Nord, non ?

III.3 L’URSS n’était-elle pas une révolution démocratique, au départ, qui aurait été dévoyée par Staline ?

III.4 Le Communisme, c’est tout à l’Etat, non ?

III.5 Le Communisme et le marxisme, c’est pareil, non ?

III.6 Le Communisme n’exige-t-il pas la dictature du prolétariat ?

III.7 Quels sont les différents courants du Communisme ?

 

IV.           Comment expliquez-vous les « crimes du Communisme » ?

 

IV.1 Le Communisme peut-il être démocratique ?

IV.2 Le Communisme consiste-t-il à tuer des « bourgeois » ?

IV.3 Le Communisme n’est-il pas responsable de la mort de 100 millions de personnes ?

IV.4 Le Communisme n’est-il pas responsable des plus grandes famines de l’Histoire ?

 

V.              Que penser du bilan des économies « communistes » ?

 

  V.1 Le Communisme, économiquement, n’a-t-il pas été une gigantesque catastrophe partout où il a été appliqué ?

V .2 Quel est le bilan économique de l’URSS et de ses satellites ?

V.3 Quelles étaient les principales tares des économies planifiées ?

V.4 Ces économies pouvaient-elles faire autre chose que s’effondrer ?

  V.5 Les pays ex-soviétiques n’ont-ils pas gagné, au final, à la transition vers le capitalisme ?

 

VI.           Une société communiste à venir,  ce serait quoi ?

 

VI.1 Qui doit posséder les entreprises ?

VI.2 Une économie communiste doit-elle forcément être planifiée ?

VI.3 Le Communisme doit-il reposer sur l’altruisme ?

VI.4 Y a-t-il des idées, des programmes pour le Communisme ?

 

 

 

 

I.                      C’est quoi le Capitalisme ?

Voir le fichier « La critique du capitalisme ».

I.1 C’est quoi le Capitalisme ?

Le Capitalisme est un système qui se distingue par : 1) la propriété privée des moyens de production (les entreprises), 2) l’enrichissement des propriétaires de ces entreprises sur le travail de la main d’œuvre qui vend sa force de travail (les prolétaires), du seul fait qu’ils sont propriétaires, 3) la tendance à la concentration des moyens de production.

Par le 1), j’entends qu’un pays où les entreprises sont généralement propriété d’Etat, même si l’économie est toujours un système de marché plutôt qu’une économie planifiée, n’est pas un pays capitaliste.

Par le 2), j’entends ce que Karl Marx et beaucoup d’autres appellent l’exploitation, la production de plus-value : seul le travail (en plus de la nature) crée une richesse économique, le capitaliste qui achète ce travail obtient du salarié une production supérieure en valeur (la valeur ajoutée), dont le salarié ne touche qu’une partie.

Par le 3), je signifie qu’une économie  constituée uniquement de très petites entreprises avec un, deux ou quelques salariés, n’est pas vraiment capitaliste. Un patron de PME ne tire pas forcément une plus-value des salariés qu’il emploie, tandis qu’une entreprise de plus grande taille doit s’assurer que ses salariés sont sources de plus-value, sans quoi elle risque la faillite.

Le système capitaliste ne couvre pas l’ensemble de la planète, même à l’exception de la Corée du Nord et de Cuba. Dans de nombreux états, particulièrement en Afrique, au Moyen-Orient et Asie, les états, malgré les ajustements structurels du FMI, sont restés interventionnistes, protectionnistes (c’est-à-dire répriment, fiscalement ou légalement, les importations), réglementaristes, bureaucratiques. La frontière entre propriété privée et étatique est souvent floue, comme c’est souvent le cas en Chine actuellement.

 

I.2 Qu’est-ce que le libéralisme ?

C’est, avant d’être un programme politique, un système de pensée qui, par opposition au socialisme, refuse de reconnaître l’existence de l’exploitation, des classes sociales et de leurs luttes. Le libéralisme part du principe que les hommes ont les mêmes droits (ce en quoi nous sommes presque tous d’accord), que la liberté (définie de diverses manières…) est le premier de ces droits, et l’Etat, c’est-à-dire l’institution qui détient le monopole de la violence répressive, assure l’égalité des droits, et le caractère « non faussé » de la compétition entre individus.

Pour un libéral, la propriété privée est sacrée, et l’exploitation des salariés est un mythe. Le propriétaire des moyens de production (le capitaliste) a bien le droit d’engranger un profit sur le travail produit par les salariés, puisqu’il s’est forcé à épargner son argent pour en faire un capital productif plutôt que de le dépenser immédiatement ! Le fait que le capitaliste récupérera généralement son cher argent avec une majoration – qu’il n’aura pas créée- ne leur pose pas problème.

 

I.3 Qui sont les capitalistes ? Qui sont les prolétaires ?

Dans le sens large, un capitaliste est un détenteur de capital qui cherche à le faire fructifier, à en tirer un intérêt, des dividendes…Donc, dans l’absolu, tout possesseur d’actions (soit plus de 7 millions de personnes en France), de contrat d’assurance-vie (dix millions de ménages), ou même pourquoi pas de livret A (soit quarante millions de français) est un capitaliste. La réalité, c’est que ces patrimoines sont répartis de façon beaucoup plus inégale que les revenus dans leur ensemble. Et surtout, il faut comparer, au niveau de chaque individu, ce que rapportent les revenus du capital dont on peut disposer par ses avoirs financiers, et ce que nous coûte l’exploitation capitaliste, c’est-à-dire ce que l’on a produit pour notre employeur et qu’on ne récupérera pas dans notre salaire.

Si on définit les prolétaires comme ceux qui ne vivent que de leur force de travail (Marx) et qui subissent l’exploitation capitaliste, alors les prolétaires sont ceux qui versent plus de revenus aux capitalistes qu’ils n’ont eux-mêmes de revenus du capital. On peut dire aussi que les prolétaires sont ceux qui, s’ils perdent leur travail, n’ont pas d’autres revenus pour les soutenir.

On pourrait dessiner un tableau avec sur un axe, ceux qui disposent – ou non- de revenus du capital, et sur un autre axe ceux qui sont plus ou moins soumis à l’exploitation capitaliste.

(Il s’agit là bien sûr de profils moyens et approximatifs)

Les salariés de la fonction publique ou d’entreprises publiques non profitables ne font pas partie des exploités, parce que l’Etat ne fait pas de profit sur eux. Mais ils peuvent faire partie des détenteurs de capitaux. Des cadres ou salariés hautement rémunérés du secteur privé et profitable peuvent être à la fois des capitalistes et des exploités. Des millions de travailleurs font l’objet d’une exploitation mais ne disposent que très peu d’épargne susceptible de leur rapporter des revenus.

Le graphe précédent donne une illustration –simplifiée bien sûr- de la position que chacun d’entre nous pouvons avoir face au capitalisme. Nous ne sommes pas tous des exploités, mais des millions d’entre nous le sont. Et dans l’idée de « s’attaquer aux profits », on doit s’attendre à se heurter à différentes catégories de population selon que l’on réquisitionne le revenu du petit épargnant ou celui du grand capitaliste – et dans la réalité, une loi peut difficilement distinguer les deux.

 

II.               Pourquoi vous êtes contre ?

II.1 Qu’est-ce donc que vous appelez l’exploitation ?

  Par exploitation, il ne faut pas entendre un régime de travail inhumain imposé par le propriétaire de l’entreprise à ses salariés. Les communistes ne prétendent nullement que la vie du travailleur d’aujourd’hui ressemblerait à Germinal, et serait faite de coups de triques, de sueur, de sang et de larmes (enfin pas tous les jours pour ce qui est des larmes). On peut très bien parler d’exploitation concernant des travailleurs occupés trente-cinq heures par semaine, bénéficiant de cinq semaines de congés payés, voire même de ceux qui ont droit à de multiples pauses, et même dans certains cas de la sieste !

  L’exploitation, c’est tout simplement le fait que le propriétaire du capital va empocher une partie de ce qui aura été produit par le travailleur, au seul motif qu’il est propriétaire.

  Dans l’analyse marxiste (comme dans celle de l’auteur de ce site), à l’exception de la nature, seul le travail crée de la richesse (on entendra par richesse tout bien ou service pouvant être utile à quelqu’un – il peut y avoir d’autres définitions). Le propriétaire du capital (dit aussi le Capital) peut apporter des outils indispensables à la production, mais ne crée rien en soi. Aujourd’hui, en France, sur cent euros de  « richesses » produites dans une société (c’est-à-dire les entreprises, à l’exclusion des entreprises individuelles), deux tiers iront en rémunération des salariés (qui ont presque tout produit), et un tiers se partagera entre impôts, renouvellement des équipements ou amortissements (ce qui est nécessaire pour que l’entreprise continue de produire) et revenus du capital versés à des créanciers ou aux propriétaires eux-mêmes.

  La seule chose qui fonde le profit du capitaliste n’est donc pas son utilité productive, mais le rapport de force qu’il exerce du fait qu’il est propriétaire, et qui repose sur la loi de l’état qui soutient la propriété privée et le capitalisme.

  On pourrait également citer le principe même de la location de logements : que l’on paie à un propriétaire de logement de quoi rembourser son investissement, et entretenir sa valeur (et sa salubrité pour un logement), c’est normal. Qu’il s’enrichisse en plus de cela est un vol.

  Il ne s’agit pas nécessairement d’interdire les prêts à intérêt ni les loyers, mais de remplacer la propriété privée par une propriété collective (celle des travailleurs, salariés ou même  non-salariés, membres en tant que travailleurs et non en tant que propriétaires).

 

II.2 Vous dénoncez l’exploitation, mais il faut bien que les entrepreneurs vivent !

  La rémunération du capital n’a rien  à voir avec la juste rémunération de l’entrepreneur qui prend des risques et travaille d’arrache-pied, car ce propriétaire peut tout aussi bien être (et est majoritairement en fait) un individu totalement extérieur à l’entreprise, ou une organisation intermédiaire (banque, fond d’investissement) regroupant de tels individus.

  Il faut clairement distinguer le propriétaire du capital (un actionnaire, un détenteur de titres en général), et le dirigeant d’une entreprise, un cadre, un manager, un « patron » comme on l’entend ordinairement. Dans une économie moderne, ceux qui dirigent le service où vous travaillez ainsi que leurs supérieurs sont eux-mêmes des salariés.

  C’est aussi pourquoi il ne faut surtout pas voir le communisme comme un appel à « bouffer du patron ». Ce genre de slogans, pour amusants qu’ils soient dans la bouche de gauchistes, ont pour effet final, outre de se tromper de cible, de donner l’impression qu’il suffirait de supprimer une minorité d’individus pour que le système change. On a vu ce qu’il en a été en Chine : l’exécution de milliers (bien plus en fait) de « bourgeois » ou autres « propriétaires terriens » n’a pas empêché le retour au capitalisme. Le problème ne vient pas tant des individus que de la propriété privée dans son principe.

  Le fait que le capitaliste encoure un risque de perdre ses avoirs en investissant ne change rien au fait que, généralement, il engrangera un revenu net (c’est-à-dire après avoir retiré la hausse des prix).

  On remarquera aussi que les actionnaires, en France du moins, doivent effectivement supporter une forte fiscalité : 34% d’impôts sur les sociétés, plus le cumul d’impôt sur le revenu. En oubliant que si les mêmes sommes étaient versées en salaires, il faudrait aussi compter 45% de cotisations sociales…En lisant les martyrologes des actionnaires dépouillés par le fisc, on se demande comment se fait-il que la France ait compté -et compte toujours- plus de cinq millions d’actionnaires à titre individuels, sachant que, même pour les spéculateurs, la valeur d’un titre de propriété de capital reste liée aux revenus qu’elle est appelée à générer à l’avenir par la dividende ou l’intérêt.

 

II.3 Le capitalisme n’est-il pas le système qui crée le plus de richesses ?

Deux points : d’abord, qu’appelez-vous une richesse ? Ordinairement, on désigne ainsi tout bien ou service qui représente une utilité non nulle pour quelqu’un qui soit prêt à l’acheter. Le Produit Intérieur Brut (PIB) est, basiquement, cela : la somme des valeurs vendues après soustraction des achats réalisés par les producteurs pour accomplir leur travail, pour éviter les doubles comptes. Une richesse, c’est donc avant tout ce qui se vend.

  Or si l’on achète quelque chose, ce n’est pas toujours par choix : nul n’achète la publicité, ni n’a choisi si nous développerions en majorité l’automobile individuelle ou les transports en communs ; les recours juridiques sont aussi des « créations de richesses », même si l’on s’en passerait volontiers dans beaucoup de cas. Comme pour les automobiles, diverses productions pourraient être mutualisées et nécessiter dès lors moins de production matérielle (ordinateurs, livres, disques, etc…). Dès lors qu’on achète quelque chose plus par contrainte ou par inertie que par besoin conscient, alors il ne s’agit pas nécessairement d’une « richesse ». On a aussi des gaspillages plus « subjectifs », car ils relèvent d’un jugement moral : est-ce une création de richesses que de construire des résidences secondaires quand des résidences principales salubres font défaut ? Que penser des émissions indigentes des chaînes de télévisions, des productions de série B dans le domaine artistique, de la surconsommation alimentaire ?

  Ceux qui vantent les immenses richesses créées par le capitalisme oublient que les plus précieuses d’entre elles ont peu à voir, sur le fond, avec les canons du capitalisme et du marché. On peut se passer de compagnies de tourisme, de parc d’attractions, de restaurants (tant qu’on conserve l’alimentation de base), de la plupart des médias (sauf émissions à caractère informatifs, et certains médias sont publics dans nombre de pays). Nous pourrions, comme il y a trente ans, nous dispenser de nombre d’objets électroniques. Mais on ne peut se passer ni d’électricité, d’eau, de soins médicaux, de sécurité ou d’éducation. Or ces richesses-là, dans la plupart des pays développés, sont fournies par des administrations ou des entreprises publiques, ou encore des entreprises privées sous contrat avec une collectivité (on est alors dans le marché à un seul consommateur ou monopsone, et non plus le marché atomisé). Les biens agricoles, ou la pharmacie, nous sont fournis par des agents privés dont l’activité n’est pas non plus uniquement liée à un marché faits d’agents privés, puisqu’ils négocient soient avec la Sécurité Sociale, soit dépendent des subventions et réglementations de la Politique Agricole Commune.

  On peut critiquer comme on le souhaite l’efficience des dépenses des administrations et entreprises du secteur public, ou des marchés à forte réglementation (au point qu’ils ne fonctionnent plus globalement selon une logique de marché). Mais on doit constater que, globalement, ces secteurs font leur travail. La nature démocratique des gouvernements des pays concernés n’y est pas pour rien : s’il n’y avait pas de service rendu par le secteur public, la réaction populaire serait immanquable. Ce qui ne pouvait se vérifier en URSS.

 

II.4 Dans le capitalisme, est-ce que chacun n’est pas libre de s’enrichir par lui-même et de changer sa position sociale ?

  C’est le mythe de base du capitalisme « libéral » ou de la société de marché : au fond, il n’y a pas à critiquer les inégalités sociales, puisque chacun peut, par son travail (ou par quelques placements ingénieux), changer de position sociale, passer de pauvre à riche, ou le contraire.

  Le problème est déjà qu’il n’y a pas de places pour tout le monde au sommet de la pyramide. En clair : les entreprises auront toujours besoin d’exécutants à la base, moins bien payés car plus facilement remplaçables que les autres (même si le travail collectif qu’ils font est irremplaçable, vital même : la France a plus de chances de se remettre d’une disparition de la moitié de ses cadres que de la moitié de ses ouvriers). Donc, quand bien même nous serions tous des génies hyper-entreprenants (et donc tous appelés à s’enrichir dans l’optique du capitalisme « libéral »), on se retrouverait quand même avec des exécutants, des cadres, des dirigeants…et probablement, en vertu des différentes rémunérations, des propriétaires de capitaux et des travailleurs sans propriété – des prolétaires, donc.

  Et il en serait de même quand bien même nous serions tous dotés exactement de la même intelligence et de la même ardeur au travail : le critère départageant les positions et les revenus serait alors la chance, et rien d’autre. Si nous étions tous des génies, peut-être des innovations radicales feraient qu’il n’y ait plus besoin d’exécutants manuels. Mais, au vu des siècles passés, les progrès techniques, en mettant de côté leurs bienfaits pour l’humanité, ont davantage creusé les inégalités sociales qu’ils ne les ont réduites.

  Rajoutons à cela que la chance est aidée par un bon patrimoine familial lorsque vous naissez dans une famille aisée (et plus encore si vous êtes né millionnaire), et est handicapée lorsque vous naissez dans un milieu plus pauvre…

  L’idée « libérale » selon laquelle la seule égalité admissible serait l’égalité des chances n’a donc pas de fondement. La richesse des uns doit souvent au travail des autres, car la richesse d’une personne se fonde non seulement sur son travail personnel, mais aussi sur la collaboration des autres (et, s’il est capitaliste, sur l’exploitation de leur travail). Ce qu’il ne faut pas confondre avec : « si les uns sont riches, c’est parce que les autres sont pauvres », car on peut s’enrichir tous, mais ça ne supprime pas l’exploitation. On arrive à la conclusion que la richesse est, en grande partie, un bien collectif. Ou du moins devrait être gérée comme telle, avec soit une redistribution forte, soit un contrôle collectif sur les rémunérations versées, en plus de l’abolition de l’exploitation, donc du capitalisme.

 

II.5 Avec plusieurs millions d’actionnaires dans chaque grand pays développé, est-ce que le capitalisme ne devient pas démocratique ?

  La France compte plus de sept millions d’actionnaires, les Etats-Unis plusieurs dizaines de millions…sans oublier cependant que la répartition des titres de propriété donnant lieu à rémunération (obligations, bons, actions) est beaucoup plus inégalitaire en valeur que celle des revenus, sans parler des inégalités de travail fourni ou de productivité individuelle (qui n’a en soi pas de sens puisque la productivité moderne est surtout collective). Ce qui signifie que, dans la « démocratie des actionnaires », où le plus insignifiant d’entre nous, avec ses quelques actions, pourrait influer sur les choix des entreprises, n’a rien à voir ni avec une démocratie réelle (basée sur le principe d’une voix par personne), et n’a rien non plus à voir avec un système où le nombre de voix serait lié à la contribution effective de l’individu à l’activité économique.

  Sur les sites libéraux, on trouve parfois des exemples poignants de pauvres gens qui disposeraient de quelques titres de capital qui leur fourniraient le peu de revenus qu’ils ont pour vivre, et ainsi les bolcheviks qui souhaitent en finir avec les revenus du capital voudraient donc affamer la veuve qui vit de ses rentes… Passons sur le fait que ces arguments visent à se servir d’une minorité de cas (il y a certes des millions de retraités abonnés aux fonds de pension, en Amérique du Nord ou même en Europe – ailleurs qu’en France- mais la majorité des patrimoines est concentrée par une minorité) pour défendre les revenus d’actionnaires qui ont déjà un salaire ou autre revenu du travail en parallèle. Notons qu’il n’est pas acceptable que les revenus du capital forment un moyen de subsistance. Une retraitée doit avoir une pension versée par la collectivité, de même qu’une famille ayant perdu un membre travailleur : il est à la fois inadmissible que les revenus de ces personnes soient soumis au risque de faillite (ou même de mauvais résultats) d’une ou quelques entreprises, et à l’inverse, elles n’ont pas à s’enrichir plus qu’à l’accoutumée au cas où les travailleurs de ces entreprises auraient réalisé une plus grande production en valeur que les années précédentes.

 

II.6 Y a-t-il des méfaits de masse imputables au capitalisme en tant que système ?

  Voir le fichier « Le site noir du capitalisme ».

Ayant mis 500 ans à se développer depuis les banquiers de Flandres et d’Italie, le capitalisme a épousé la plupart des aventures du monde occidental, puis du monde tout court au XIXème. Le capitalisme a au moins été véhiculé par le colonialisme. Les guerres anticommunistes (qui suivaient parfois les guerres coloniales, comme en Indochine) étaient évidemment nécessaires au capitalisme, et n’étaient pas (en majorité) déclenchées par l’adversaire « communiste » (ou revendiqué comme tel). Le bilan humain du capitalisme, estimable directement en termes de mortalité générale des populations, n’est pas non plus si brillant que les partisans du capitalisme souhaiteraient le faire croire.

Il faut surtout savoir que ceux qui font l’apologie du capitalisme appellent souvent de leurs vœux un capitalisme « libéral » (voir la définition à la question 1.2). De ce fait, toute critique concernant le capitalisme dans des pays du « Tiers-Monde » risque de se heurter aux mêmes réponses : ces pays ne sont pas des pays libéraux, pour la plupart d’entre eux, et surtout pour les plus arriérés, ceux où la condition humaine est la plus lamentable (revenus très faible, espérance de vie basse, éducation plus que lacunaire, etc…). Pour certains pays (on pense au continent africain), la succession des guerres, des dictatures et l’accaparement des activités économiques par des cliques internes au pays ou étrangères empêchent de parler de « capitalisme » tel que décrit dans la question 1.1, tant l’économie est ravagée.  Par contre, dans d’autres et vastes régions du monde (Amérique latine, Asie du Sud), la présence d’un état certes interventionniste, imposant des restrictions à l’économie de marché (fixations de prix notamment), des mesures protectionnistes (droits de douanes, quotas) n’interdit pas de constater l’existence d’un secteur privé concentrant une main d’œuvre salariée sur laquelle les propriétaires réalisent un profit : c’est donc bien un système capitaliste, ou étato-capitaliste.

D’une manière générale, aucun capitalisme ne tient sans l’Etat, ne serait-ce que pour faire respecter le droit de la propriété, et l’état est d’autant plus fort que des menaces intérieures et extérieures lui servent de prétexte pour son intervention dans l’économie. Notons que si les pays développés, à l’inverse, sont plus « libéraux » en matière de droit d’entreprendre, de droits de propriété, d’ouverture du marché national, ils sont en revanche nettement plus interventionnistes en matière de prélèvements obligatoires et de couverture sociale. Le capitalisme « pur » n’existe pas et n’existera sans doute jamais. On doit donc juger celui qui existe.

 

II.7 Quel rapport entre le capitalisme et le colonialisme ?

Il a été de bon ton de prétendre, pendant des décennies d’analyses marxistes du capitalisme, que le colonialisme était un moyen pour les métropoles coloniales, dont l’industrie était passée au rang du développement capitaliste, de trouver des débouchés commerciaux. En possédant une colonie, l’état conquérant s’adjuge plus ou moins le monopole (et totalement s’il le souhaite) des ventes pour les compagnies nationales (privées ou publiques). Dans la réalité, il est avéré que les colonies européennes du XIXème siècle, en Afrique ou Asie du Sud-Est notamment, étaient d’une part de très faibles clients, mais aussi de faibles sites de production, malgré leurs richesse en matières premières : la plupart des investissements provenant des états européens capitalistes se dirigeaient vers les « états neufs » (c’est-à-dire les états américaines récemment indépendants, plus marginalement l’Australie/Nouvelle-Zélande). A l’inverse, les coûts d’occupation militaire et la construction d’infrastructures par les métropoles coloniales faisaient que les colonies coûtaient souvent plus cher qu’elles ne rapportaient, à condition d’additionner les bilans étatiques (et le déficit était certain pour les états) et privés (entreprises privées qui pouvaient faire des bénéfices, mais en même temps les investisseurs privés étaient peu nombreux). Ainsi disait-t-on qu’hormis quelques exploitations de caoutchouc, on ne trouvait en Indochine Française que des fonctionnaires et des militaires. Le scénario a été le même aux Amériques avant les indépendances du XIXème siècle, Adam Smith déplorant au XVIIIème siècle par exemple que les colonies américaines n’aient, en fait, rapporté que des pertes à l’Angleterre.

Cependant, c’est justement après les indépendances que ces états anciennement colonisés, à divers niveaux, deviendront des états capitalistes. Mais cette situation n’aurait jamais été atteinte si des états européens n’avaient mis en place des routes, une relative sécurité militaire pour la production et l’échange de marchandises, la notion de droits de propriété (inconnus dans de nombreuses sociétés amérindiennes). Hors des Amériques, certains pays qui n’ont jamais été colonisés directement (c’est-à-dire occupés à long terme) sont passés, même temporairement, à l’état capitaliste : c’est le cas de la Thaïlande (l’ancien royaume de Siam), de la Chine (avant Mao, et exceptée l’occupation japonaise), ou plus brièvement de la Perse / Iran (avant que la révolution islamique de 1979 ne mette fin au secteur privé capitaliste dans ce pays). Mais ces trois pays présentaient tous la particularité d’avoir un état relativement organisé, fut-il décadent, tandis que l’unification étatique et la construction d’infrastructures fut souvent le fait du colonisateur dans bien d’autres lieux (en Afrique notamment).

Le fait que les métropoles aient fait peu de profits sur leurs colonies avant l’indépendance de celles-ci ne change rien au fait que le colonialisme était généralement l’étape obligée avant le capitalisme. Le bilan du capitalisme peut donc difficilement se distinguer du bilan du colonialisme.

 

II.8 Quel rapport entre capitalisme et esclavagisme ?

La traite négrière européenne, dont l’apogée a eu lieu entre 1700 et 1850, qui a consisté en la déportation de 12 millions de personnes (selon les livres de bord des négriers), et le déplacement en Afrique d’une population encore plus grande (probablement le double), a souvent été présentée comme l’une des premières sources de financement des industries capitalistes naissantes en Europe à la fin du 18ème siècle. Cette thèse paraît tentante car la moitié du trafic négrier transatlantique a été le fait de compagnies britanniques, et que la révolution industrielle a commencé en Grande-Bretagne au milieu du 18ème siècle. En réalité, de par plusieurs études historiques menées sur ce sujet, les revenus de l’industrie négrière ont été trop faibles pour avoir financé une grande part des premiers investissements capitalistes. De même, les principales régions de destinations des esclaves (Brésil, Antilles, Sud des USA) n’ont pas été les poumons du développement capitaliste aux Amériques au XIXème siècle. Les partisans du capitalisme libéral rejetteront donc l’idée que l’esclavage et la traite aient un véritable rapport avec le capitalisme, d’autant que le principe même de l’esclavage est en contradiction avec les principes politiques élémentaires du libéralisme (à commencer par le droit à disposer de son propre corps, ou habeas corpus).

  En réalité ce refus ne tient pas, d’une part parce que le libéralisme n’est qu’une possibilité (et relativement tardive en fait) du capitalisme, que celui-ci est un système économique bien avant d’avoir des principes politiques. Mais aussi parce que le fonctionnement même du commerce négrier, quel qu’ait été son apport au développement du capitalisme mondial, fait appel aux notions de bases du capitalisme. La navigation transatlantique –et les risques de pertes inclus- a largement stimulé la naissance de l’activité financière, et le développement des systèmes de parts de capital (le capital d’un armateur était partagé entre divers créanciers pour éviter un risque de faillite totale en cas de naufrage). La main-d’œuvre salariée (ou rémunérée pour la vente de sa force de travail) existe, ce sont les marins et négriers (les esclaves étant la marchandise), et l’armateur et ses financiers, espérant la réalisation d’un profit sur leur travail, sont les capitalistes. En revanche, le planteur lui-même (par exemple le propriétaire d’une exploitation de canne à sucre aux Antilles, donc acheteur d’esclaves) n’était pas forcément lui-même à la recherche de profit, juste du maintien de son exploitation. Donc il n’est pas forcément un capitaliste. L’armateur et ses financiers, en revanche, en sont, et la traite et ses conséquences humaines intègrent donc directement le bilan du capitalisme.

 

II.9 Quels sont les causes et les bilans des guerres anticommunistes ?

Les anticommunistes désigneront toujours les forces bolchéviques, « communistes » ou plus ou moins rouges comme responsables des guerres telles que la Guerre civile russe (1918-1921), de la guerre civile chinoise (depuis les années 20 à 1949), de la guerre civile grecque (1947-1949), des guerres civiles en Angola et Mozambique, de la guerre de Corée (1950-1953)… Il ne s’agit nullement de contester que certaines guerres (telles que la guerre de Corée ou celle de Grèce) aient pu être déclenchées par les états du bloc de l’Est ou un parti communiste. Mais les plus graves de ces conflits ont des causes plus complexes. En fait, la guerre civile russe est loin d’avoir été déclenchée par les bolcheviks, qui, lorsqu’elle débute au printemps 1918,  n’ont pas entamé de campagnes de terreur massive (le Livre Noir du Communisme lui-même ne date la première qu’en Septembre 1918), et ne disposent que d’une force militaire très faible pour un territoire aussi grand que celui de l’ex-empire tsariste. La guerre civile sera de fait largement déclenchée par les russes blancs, avec l’appui des forces allemandes, puis de plusieurs pays occidentaux. En Chine, jusqu’à 1927, le Parti Communiste chinois est allié du Kuomintang, le parti nationaliste de Tchang-Kaï-Chek. Cette année-là, les nationalistes rompent l’alliance, et écrasent les communistes à Shanghai. Les communistes sont donc loin d’avoir l’initiative de ces guerres qui vont faire plusieurs millions de morts (jusqu’à 11 millions en Russie, combats, faim et épidémies inclues, avant même la famine de 1921).

La guerre du Vietnam a aussi été largement présentée comme la défense des alliés des démocraties occidentales (dont le Vietnam du Sud, lui-même une dictature) contre l’invasion communiste. Et jamais comme une entreprise des vietnamiens communistes et indépendantistes du Viêt-Cong et du Nord-Vietnam de reconquérir la moitié Sud de leur territoire national, qui leur avait été amputée au Traité de Genève de 1954, fait qui n’aurait jamais eu lieu sans l’intervention coloniale française de 1946. La « théorie des dominos » invoquée par les USA (si les communistes prennent le Sud-Vietnam tombe, toute l’Asie du Sud tombera) a non seulement une base fausse, mais a mené à justifier une guerre qui fit près de 5 millions de morts au Vietnam, au Laos et Cambodge, ouvrant dans ce dernier pays la voie aux Khmers Rouges…

Il ne s’agit en aucun cas de nier les atrocités massives commises par les bolcheviks, le Parti Communistes Chinois, les Viêt-Congs ou le Nord-Vietnam dans ces guerres, mais les millions de morts qu’elles ont totalisées relèvent aussi largement des initiatives des anticommunistes (et notons sur ce point que le clivage communiste/anticommuniste est plus pertinent que le clivage Occident/Reste du monde, la plupart des forces anticommunistes de ces guerres ayant été russes, chinoises, ou indochinoises).

 

II.10 Quel est le bilan humain du capitalisme ?

  Voir le fichier « Le site noir du capitalisme ».

Les partisans de l’économie de marché et du capitalisme affirment, à grand renforts de faits que nous ne nierons pas, que la misère humaine des pays dits du « Tiers-Monde » n’est due qu’à une absence ou un insuffisant développement du capitalisme dans ces pays, et même à un trop grand « socialisme » (confondant allègrement toute intervention étatique dans l’économie avec du socialisme, cf. la question III.4). Même s’il est très vrai que ces pays sont imparfaitement capitalistes (tout comme l’ont été les pays d’Asie orientale, tels que la Corée du Sud, Taïwan, la Malaisie ou la Thaïlande, eux-mêmes protectionnistes et dotés jadis d’entreprises nationales), cela n’empêche nullement que la mortalité dans de nombreux pays aurait pu être nettement plus basse, même avec un revenu national faible. Plusieurs pays, même pauvres, ont montré qu’avec des revenus somme toute faibles, on peut porter l’espérance de vie humaine à plus de 70 ans : Cuba ou l’état indien du Kerala sont dans ce cas. La Chine a, du temps du maoïsme, elle-même fait de très grands progrès pour allonger la vie humaine. D’autres pays, capitalistes dans leur ensemble, ont amélioré leur situation par une intervention publique en matière de médecine préventive plus forte. A l’inverse, plusieurs grands pays, tels que l’Inde, le Brésil ou l’Afrique du Sud, parfois plus riches que leurs voisins directs, ont ainsi accumulé des millions de morts évitables, qui n’apparaîtront jamais dans un bilan de guerre, de famine ou de répression politique. Ainsi, les promesses du libéralisme en termes de progrès humains qui découleraient de la croissance économique peuvent en fait largement être obtenues avec les revenus actuels, par l’introduction ou le renforcement de structures publiques, de travailleurs de la santé et de l’éducation financées par l’état, supposant donc la collectivisation de davantage de revenus.

Au final, c’est chaque année plusieurs millions de décès qui pourraient être évitées chaque année. Au début de leur existence, les pays du bloc de l’Est ont fait reculer leur mortalité selon un rythme rarement atteint dans l’Histoire. Ensuite, à partir des années 60, en URSS notamment, la situation sanitaire n’a quasiment fait que se dégrader. Et le retour de ces pays dans le giron du capitalisme n’a fait qu’aggraver profondément la situation des pays tels que la Russie ou l’Ukraine.

 

III.            C’est quoi le Communisme ?

Voir le fichier « Qu’est-ce que le Communisme ».

III.1 Quelle est la différence entre socialisme et communisme ?

Dans la scène politique française (et en Europe aussi, principalement dans les pays latins), on distingue les partis « communistes » et « socialistes ». Les partis communistes étaient pourtant liés à l’URSS, qui, par son nom-même (Union des Républiques Socialistes Soviétiques) se disait « socialiste ». Il faut donc préciser deux différences.

  Dans le sens soviétique, le socialisme est l’étape où la classe ouvrière s’est emparée de l’état, qui planifie alors l’économie en vue de consolider la révolution et de générer l’abondance économique. Le communisme est l’étape où il n’y aura plus besoin d’état pour administrer le pays, les travailleurs s’autogéreront (ce qui crée l’opposition avec les anarcho-communistes, qui veulent supprimer l’état dès le début de la Révolution).

  Dans les démocraties occidentales, où la rupture entre socialistes et communistes s’est faite suite à la Première Guerre Mondiale (où la plupart des partis socialistes avaient décidé de collaborer à la politique de guerre de leurs gouvernements respectifs), on a appelé communistes ceux qui voulaient suivre l’exemple de la révolution bolchevique, et socialistes ceux qui refusaient ce modèle, en raison de sa nature dictatoriale, et préféraient changer la société par la voie démocratique. Dans la réalité, les communistes (le PCF) ont participé aux élections tout autant que les socialistes (la SFIO puis le PS en France). Dans les pays d’Europe du Nord, les socialistes ont abandonné progressivement la référence au marxisme pour passer à la social-démocratie (c’est-à-dire une idéologie où l’on ne remet plus en cause le capitalisme et la propriété privée, et où l’on souhaite un arrangement de la répartition des revenus par des mesures fiscales et de redistribution).

  Pour éviter des malentendus, voici les positions de l’auteur du site : au début du XXème siècle, du point de vue des idées, j’aurais plutôt été socialiste que communiste, mais au niveau des actes, de par la nécessité de se battre contre les gouvernements responsables de la guerre de 1914, et de soutenir l’URSS en 1941, j’aurais plutôt été proche du PCF. Aujourd’hui, ce parti, dont je suis membre, est à peine autant socialiste que les socialistes des années 20. Quant au « communisme » vu comme la société sans état et autogérée, je n’y crois tout simplement pas. Je suis donc « socialiste » au sens que ce terme avait dans les années 20, et communiste car, ne croyant pas à la société sans état, je ne fais plus de différence entre le communisme et le socialisme authentique.

 

III.2 Le Communisme, c’est l’URSS, la Chine, la Corée du Nord, non ?

  On ne peut pas réduire une idéologie à un ensemble de pays qui l’ont prétendument appliqué. Par exemple, en URSS, dans les pays conquis par celle-ci (Mongolie, Europe de l’Est de la RDA à la Bulgarie, Corée du Nord), en Chine, en Yougoslavie ou Albanie, c’est un communisme se réclamant du marxisme qui était censé être en application. Ces régimes se présentaient comme des régimes de la classe ouvrière, du prolétariat au pouvoir. Or, la réalité fut, pour l’ensemble de ladite classe ouvrière, l’accès à une quelconque forme de démocratie, une liberté d’expression fort limitée, et l’impossibilité d’influer sur les choix du pouvoir en place. On peut éventuellement interpréter ces régimes comme la conséquence de la théorie léniniste de l’avant-garde révolutionnaire que serait le Parti, régnant au nom de la classe ouvrière, mais de toute façon, on ne peut pas parler d’états ouvriers, furent-ils « dégénérés ».

  Ce qu’il faut comprendre en premier lieu, c’est que le communisme est une politique, pas un régime. Le communisme est l’ensemble des politiques qui vont dans le sens de la mise en commun des moyens de production, donc de la fin des revenus du capital, du salariat exploité par les capitalistes, etc… Mais ce n’est pas du tout l’ensemble des régimes qui se revendiquent communistes, et de leurs actes. Par exemple, lorsque la Chine « communiste » privatise des entreprises, ce n’est pas du communisme (assez évident à comprendre). A l’inverse, lorsqu’un état démocratique tel que la France, le Royaume-Uni, l’Italie d’après-guerre ou le Portugal après 1974 nationalisent des entreprises, c’est une politique qui va dans le sens du communisme.

  Ce dernier point sera contesté par les purs du marxisme-léninisme (ML), qui considère que tant qu’un état est dominé par les capitalistes et les partisans du capitalisme (« la bourgeoisie »), une nationalisation n’a rien à voir avec le communisme. Je conteste ce point de vue : un état démocratique, c’est-à-dire dont le pouvoir peut être renversé par une élection, même s’il reste dans l’ensemble un pays capitaliste, peut appliquer sur un domaine particulier une politique socialiste. Ce que les ML n’arrivent pas à comprendre, c’est la différence entre un pays où, lorsqu’une entreprise publique ne fonctionne pas, les citoyens peuvent faire tomber le gouvernement (même si c’est pour le remplacer par un autre gouvernement « bourgeois ») et un pays où les citoyens, prolétaires ou pas, n’ont pas ce droit (comme jadis en URSS).

  C’est pour cela que je considère que la France d’après-guerre, qui a eu jusqu’à un tiers de son économie collectivisée (administrations + entreprises publiques, dont l’apogée à eu lieu vers 1985), a été au tiers socialiste, tandis que l’URSS l’a été à 0% faute de démocratie.

 

III.3 L’URSS n’était-elle pas une révolution démocratique, au départ, qui aurait été dévoyée par Staline ?

En effet, contrairement à ce que soutiennent les thèses trotskystes, on ne peut même pas parler d’une démocratie ouvrière soviétique qui aurait eu lieu aux débuts de la révolution de 1917 et qui se seraient effacée suite à la guerre civile et à la « contre-révolution bureaucratique stalinienne » dans la seconde moitié des années vingt. La révolution a son prélude en Septembre avec la conférence des délégués de soviets – conseils de travailleurs ou de soldats- à Petrograd (Saint-Pétersbourg), puis commence avec la prise du pouvoir effective fin Octobre 1917 (dans le calendrier Julien, Novembre dans le nôtre). La « majorité » bolchevique aux congrès des délégués de soviets ne prouvait pas grand-chose, puisque les soviets donnaient une image déformée du pays (à l’avantage des villes notamment). Ensuite, la simple lecture des débuts de la révolution bolchevique (par exemple la dissolution en Janvier 1918 de l’Assemblée Constituante élue en Décembre 1917, véritable élection générale où les bolcheviks n’avaient eu qu’un quart des voix, et l’élimination progressive des tendances autres que bolchéviques et alliées dans les soviets) montre que l’URSS est née dans la confiscation du pouvoir démocratique, et que c’est l’intensité de la répression qui a varié ensuite, pas la nature du régime.

 

III.4 Le Communisme, c’est tout à l’Etat, non ?

  Non, le Communisme c’est la propriété collective des moyens de production. Concrètement, cela peut être un système où les entreprises dépassant une certaine taille (par exemple 50 salariés), ou celles qui font aujourd’hui partie d’un groupe étendu, appartiendraient à l’ensemble des personnes exerçant une profession salariée ou une profession tout court, et dont le contrôle reviendrait à leurs représentants.

  Lorsqu’un état possède des entreprises, mais que cet état n’a aucune responsabilité devant sa population, alors il ne peut en aucun cas s’agir de communisme. Or, les médias, les historiens, économistes, ou autres commentateurs de toute sorte parlent très souvent de « pays communistes », en se référant uniquement au nom que ces régimes se donnaient, et nullement en pensant – dans la plupart des cas- au fait que pour parler de communisme, il faut qu’il y ait propriété collective, et donc souveraineté populaire. Un état communiste ne peut être par nature dictatorial, ou du moins pas pour toute la population (cf. La question sur la dictature du prolétariat).

  Les anticommunistes qui ont compris cette prétention à la souveraineté collective répondent souvent que l’instauration de celle-ci ne peut mener en réalité qu’à la dictature politique. Mais dans la réalité historique, c’est toujours la dictature politique qui a précédé l’instauration d’une économie planifiée et les nationalisations, que ce soit en URSS, en Chine, et dans tous leurs satellites. Or, on ne peut mettre la cause après la conséquence : si la socialisation de l’économie vient après la dictature, alors le socialisme ne cause pas la dictature.

 

III.5 Le Communisme et le marxisme, c’est pareil, non ?

  Historiquement, non. Déjà, Karl Marx, en écrivant le Manifeste du Parti Communiste en 1848, le faisait à la demande de la Ligue des communistes (le terme lui est donc antérieur, et probablement antérieur de plusieurs décennies). Dans les idées, le projet d’une société de mise en commun des biens avait déjà été évoquée par plusieurs auteurs : Platon sous la Grèce antique (sixième siècle avant JC), Thomas More en écrivant l’Utopie au début du 16ème siècle, et plusieurs expériences de cités idéales, notamment lors des révoltes paysannes en Allemagne au même siècle.

Le communisme est la propriété collective des biens, ou encore des biens de production (car mettre en commun les chaussettes et les tondeuses n’a pas grand-intérêt, au contraire des usines ou des entreprises de service). Le marxisme est une théorie décrivant le capitalisme, ses cycles, ses contradictions, la lutte des classes, et au final l’effondrement du capitalisme et la prise du pouvoir par le prolétariat. Le marxisme est aussi une méthode d’analyse de la réalité matérialiste, c’est-à-dire qui considère que ce sont les circonstances matérielles concrètes qui déterminent les idées, et non les idées, venues de nulle part, qui façonnent la réalité (ce qu’on appelle l’idéalisme). Un exemple concret : un idéaliste pense que l’idée de démocratie s’est répandue parce que plein de gens trouvaient ça beau. Un marxiste pense que la démocratie a germé parce qu’elle correspondait aux intérêts des capitalistes (notamment à la fin du 18ème siècle) dont les intérêts n’étaient pas ceux de la noblesse féodale, et que ces idées démocrates, en mettant à terre l’Ancien Régime, ont permis de passer d’un régime féodal à un régime « bourgeois » (avec, au passage,  une démocratie réservée aux hommes disposant de certains revenus).

L’auteur de ce site accepte certaines idées marxistes (le matérialisme, la constatation de l’exploitation capitaliste, l’existence de la lutte des classes), mais pas l’idée que toute l’histoire repose sur la lutte des classes (les affrontements entre nations et religions ne sont pas réductibles aux clivages de classe, par exemple), ni à l’idée que l’effondrement du capitalisme serait inéluctable, et qu’à la démocratie capitaliste devrait succéder le pouvoir d’une seule classe sociale, fut-ce la classe ouvrière.

Ces objections ne remettant pas en cause le communisme, il y a donc communisme marxiste et non marxiste. Il y a aussi des penseurs (en sociologie notamment) qui reprennent des idées marxistes (matérialisme, classes et luttes de classes…) et ne partagent pas les conclusions communistes de Marx.

 

III.6 Le Communisme n’exige-t-il pas la dictature du prolétariat ?

  Comme nous l’avons vu, le prolétariat est une classe de gens qui vivent en vendant leur force de travail (ils sont salariés, donc, ou tentent de l’être s’ils sont chômeurs), et qui disposent de peu de capital, et n’en vivent pas en tout cas.

  La dictature du prolétariat est donc un régime où seule cette classe (ou du moins ceux qui étaient prolétaires au temps du capitalisme) auront accès à une forme de démocratie (droit de vote et d’être élu). Les anciens capitalistes (ceux qui disposaient de revenus du capital – au-delà d’une certaine valeur vu que des millions de gens disposent de titres de capital aujourd’hui, comme vu plus haut), ou les non exploités (fonctionnaires, professions libérales, inactifs) seraient donc exclus de ce régime.

  (Au passage, pour les marxistes, le prolétariat est à lui seul le Peuple, et par la dictature du prolétariat, il bénéficie de la démocratie, tout en imposant sa dictature aux autres classes : c’est l’origine de l’expression biscornue de dictature démocratique du Peuple que vous retrouverez sur les sites staliniens et maos du Web)

  La justification de la dictature du prolétariat résiderait, dans l’optique marxiste, dans la nécessité de mettre fin à la dictature de la bourgeoisie : en effet, selon les marxistes, nos démocraties actuelles sont de fausses démocraties, les partis et médias étant de près ou de loin financées par les puissances d’argent du secteur privé (par exemple des amis du président Sarkozy tels que Lagardère ou Bolloré) ou mi-privé-mi-public (tels Dassault dont les entreprises vivent des commandes du ministère de la Défense). La dictature du prolétariat serait, pour les marxistes, un moyen de combattre l’influence des capitalistes (dont on suppose que le pouvoir financier ne serait pas immédiatement démoli), en les privant de participation démocratique, en leur interdisant de financer des journaux ou chaines privées par exemple.

  En soi, la dictature du prolétariat n’est pas un système totalitaire : même dans une démocratie réservée aux prolétaires, il peut y avoir des oppositions, des divergences, des luttes de personnes, des points de vue différents exprimés. Un régime totalitaire serait au contraire un système ou aucune opposition ne serait tolérée.

  Cependant, la nécessité de la dictature du prolétariat n’est pas évidente. Pour l’auteur de ce site, une démocratie à base universelle (tous les adultes votent) reste de loin un système préférable à un système où il faudrait trancher parmi les travailleurs quels sont ceux qui sont plus ou moins capitalistes. On en arriverait à désigner tel salarié comme capitaliste parce qu’il aurait détenu un peu plus d’actions que ses collègues qui seraient restés, eux, des « prolétaires ». L’abolition du système de la propriété privée et des revenus du capital doit rester la base du communisme, et la contestation –fut-elle de droite- conserve toute sa place, ne serait-ce que pour éviter au système de dériver.

             

III.7 Quels sont les différents courants du Communisme / Socialisme?

-          Avant que Marx ne commence à être lu en Europe, des socialistes dits « utopiques » ont écrit ou tenté de réaliser des expériences socialistes (comme celles de l’industriel anglais Owen) qui prônaient des sociétés de mise en partage des biens, mais sans se baser sur une épaisse analyse des contradictions des classes sociales, ni une analyse économique du capitalisme. Parmi eux on trouvait, outre Owen, Fourier et Saint-Simon. Même s’ils sont lus encore aujourd’hui, ils n’ont pas engendré de courant politique non négligeable ;

-          Karl Marx a au contraire laissé une grande œuvre d’analyse économique, historique et philosophique, a fondé la 1ère Internationale en 1864, qui s’est divisée rapidement entre les marxistes, ceux qui suivaient la ligne de Marx (c’est-à-dire promouvoir la prise de contrôle de l’Etat par la classe ouvrière) contre les anarchistes ;

-          Les anarchistes ou anarcho-communistes, dont Bakounine, se sont opposés dans la 1ère Internationale à l’idée d’un état socialiste, préférant la destruction immédiate de l’appareil d’Etat. La première internationale se déchirera, une seconde naîtra ensuite pour se disloquer en 1914 ;

-          Lénine participe à la diffusion des idées marxistes dans l’Empire russe, formule des théories telles que celles de l’avant-garde, du parti-guide des masses composé de révolutionnaires professionnels. Après la révolution de Février 1917, qui remplace le régime du Tsar par « la République de Russie », il est à la tête du parti bolchevik lorsque celui-ci arrive majoritaire au congrès des soviets de Russie en Septembre 1917 puis prend le pouvoir en Octobre 1917.  Ceux qui, en Europe et dans le monde, rejoignent sa ligne de révolution de classe contre les états impérialistes à l’origine de la 1ère Guerre Mondiale rallient la 3ème internationale. Ils sont alors qualifiés de léninistes ;

-          Les membres de l’ancienne 2de Internationale qui n’ont pas voulu rejoindre la 3ème par refus de cautionner le régime mis en place par Lénine, mais aussi par refus de condamner l’attitude des partis socialistes européens qui ont collaboré à la guerre mondiale. Ils deviennent alors les socialistes (se proposant d’arriver au socialisme par la voie démocratique), puis abandonneront la remise en cause du capitalisme et de la propriété privée pour devenir les sociaux-démocrates  (en Allemagne dans les années 50, en France de fait dans les années 80);

-          L’arrivée au pouvoir de Staline en URSS (1924) est l’occasion d’un affrontement entre plusieurs tendances parmi les bolcheviks : ceux qui suivent la ligne de Staline (ou qui ont intérêt à le faire) et plusieurs oppositions dont la plus célèbre sera celle de Trotski. Les divergences portent sur la réalisation de l’économie planifiée en URSS, et l’extension de la révolution dans d’autres pays d’Europe. Staline lancera une « collectivisation » et une planification industrielle rapide dans le cadre de la seule URSS dès la fin des années 20. Ceux qui suivent a ligne se qualifieront, non pas de staliniens, mais de marxistes-léninistes (considérant que les partisans de Trotski ne sont ni léninistes ni marxistes);

-          A l’inverse, ceux qui suivent la ligne de Trotski (c’est-à-dire quelques opposants en URSS, plus rares encore après l’expulsion de Trotski en 1928, et quelques partis en Europe), qui veulent internationaliser la Révolution, et prétendent contester la violence du régime stalinien (en faisant fi des exactions commandées par Trotski pendant la guerre civile russe de 1918-1921), se qualifient eux-mêmes de marxistes ou de léninistes (pas de marxistes-léninistes, pour ne pas être confondus avec les staliniens), mais sont souvent appelés trotskystes. Vous l’aurez deviné, les trotskystes et les staliniens s’appellent eux-mêmes marxistes/léninistes ou marxistes-léninistes car ils passent leur temps à se reprocher mutuellement d’être anti-marxistes et anti-léninistes ;

-          Après la mort de Staline, Khrouchtchev entame la déstalinisation, c’est-à-dire une remise en cause de la concentration de l’économie planifiée et de la violence et du culte de la personnalité du régime stalinien (en fait, aucun de ces phénomènes ne disparaîtra complètement en URSS). Ceux qui restent fidèles à Staline qualifieront les khrouchtchéviens et leurs successeurs de révisionnistes (en fait, le révisionnisme désigne toute remise en cause non insignifiante des théories de Marx, Lénine et Staline – ou qui leurs sont attribuées ; le révisionnisme, dans les idées, à donc commencé dès la fin du XIXème siècle) ;

-          Le régime chinois de Mao (arrivé au pouvoir suite à une longue guerre civile, en 1949), prend ses distances avec l’URSS dès la fin des années 50. Le maoïsme, c’est-à-dire un marxisme intégrant –contexte chinois oblige- la paysannerie comme l’un des piliers de la Révolution, se distingue alors plus nettement en tant qu’idéologie. Une idée courante, notamment pendant les années 60 où le maoïsme fera fureur parmi la jeunesse branchée, aura été de croire que le maoïsme serait une forme de marxisme / stalinisme « pragmatique », alors qu’en réalité, l’utopisme du régime chinois aura coûté des (dizaines de) millions de morts par la faim au pays. Les maoïstes (en fait très peu nombreux à réellement s’engager comme tels) dans les autres pays que la Chine se distingueront par leur refus des élections, de la vie démocratique légale, leur sur-utilisation du terme « fasciste/fascisme » pour désigner tout ce qui ne va pas dans leur sens, et une fascination générale pour les mouvements de lutte armée refusant toute négociation (tel le parti de Gonzalo –dit « Sentier Lumineux »- au Pérou). Pas avares de noms ridicules, les maoïstes s’appellent eux-mêmes partisans du « marxisme-léninisme-pensée Mao Zedong » ;

-          On note d’autres courants s’inspirant de tel ou tel régime, par exemple, ceux qui sont staliniens mais rejettent tel ou tel élément du maoïsme (par exemple le fait que la Chine et les USA aient dégelé leurs relations en 1972), se raccrochent au dictateur isolationniste albanais Enver Hodja (qui a fait de l’Albanie un pays autarcique, en rupture de relations avec le reste du monde – Corée du Nord exceptée - après la victoire politique de Deng Xiaoping en Chine en 1978). Les hodjaïstes semblent très peu nombreux (je n’en connais qu’un de langue française).

Pour résumer, un petit tableau retraçant l’évolution et l’apparition de ces courants. Parmi les filiations symbolisées par des flèches, certaines sont des reniements (comme le révisionnisme par rapport au stalinisme).

 

IV.           Comment expliquez-vous les « crimes du Communisme » ?

Voir le fichier « L’Anti-Livre Noir du Communisme ».

IV.1 Le Communisme peut-il être démocratique ?

  C’est normalement inclus dans sa définition, ne serait-ce que pour les prolétaires. Or, me direz-vous, ce n’a été le cas d’aucun des pays dudit « Bloc de l’Est » (l’URSS, la Chine, le Vietnam, la Yougoslavie,  l’Albanie, et huit satellites de l’URSS, de la RDA à la Corée du Nord), sans compter une flopée d’états « marxistes-léninistes » en Afrique, des pays du « socialisme arabe » (l’Iraq, la Syrie, le Yémen du Sud) et Cuba.

  Il est nécessaire de rappeler que 1) dans tous ces pays, la dictature a été antérieure à l’application des politiques socialistes (nationalisations, réforme agraire, planification…), et 2) que ces régimes sont tous apparus dans un contexte de guerre, civile ou internationale. Et suite à une guerre civile ou une invasion, les vainqueurs suppriment généralement la démocratie (cas de l’Espagne en 1939, des invasions coloniales, du coup d’état pinochetiste de 1973 au Chili ou de Suharto en 1965 en Indonésie…). La raison en est simple : on ne joue pas aux urnes le pouvoir que l’on a acquis par les armes, au prix de lourdes pertes, et surtout si l’on n’est pas sûr de vaincre. Et ceci est indépendant de l’idéologie que l’on défend.  Le cas de la Chine, où la dictature se maintient malgré le démantèlement du « socialisme » chinois, illustre que cette dictature n’est pas liée au projet socialiste/communiste.

 

IV.2 Le Communisme consiste-t-il à tuer des « bourgeois » ?

  Non, il a pour but de socialiser leurs propriétés. L’un des arguments favoris des anticommunistes consiste à dire que le communisme veut exterminer des capitalistes comme le nazisme extermine les « races inférieures ». C’est une escroquerie, car le nazisme  se basait sur des thèses génétiques qui faisaient qu’un juif restait juif de sa naissance à sa mort, tandis que pour un communiste, marxiste ou pas, un capitaliste cesse de l’être dès qu’il perd sa propriété.

  A titre d’exemple, lorsque le gouvernement français nationalisait Renault en 1945, il n’en a pas pour autant fait subir à la famille Renault le sort de la famille Romanov [massacrée en 1918 par les bolcheviks]. De manière générale, on ne prouvera le caractère meurtrier du communisme que lorsqu’on aura montré que toute nationalisation revient à tuer des gens. Or de nombreux contre-exemples existent. A l’inverse, une politique raciste (ou fasciste, ou nazie) démocratique peut difficilement se concevoir…

 

IV.3 Le Communisme n’est-il pas responsable de la mort de 100 millions de personnes ?

Ce chiffre n’a aucune signification. Il est la somme des victimes politiques (exécutions, morts de mauvais traitements dans des camps,…), économiques (morts de faim, de froid, d’épidémies), ou de guerre (pertes civiles et militaires) de régimes très différents. Les « 100  millions de morts » sont en fait les 40 à 70 millions de victimes imputables au régime de Mao Zedong (1949-1976), les 15 à 20 millions imputables à Staline (1924 – 1953), plus le régime des khmers rouges (deux millions de morts de 1975 à 1979), celui de la Corée du Nord (au moins 1.5 millions de morts de la guerre de Corée de 1950-1953, plus au moins des centaines de milliers de morts dus à la faim et aux déportations du régime nord-coréen). Ce chiffre a permis la comparaison avec le régime nazi (le régime hitlérien est responsable de la mort de 40 millions de personnes de 1939 à 1945). Mais bien d’autres régimes et gouvernements ont appliqué des politiques relevant du socialisme ou s’en revendiquant, et n’ont pas du tout le même bilan. Les régimes de RDA, de Tchécoslovaquie ou de Cuba n’ont pas de bilan « génocidaire » (des milliers d’exécutions sans doute, ce qui ne fait pas un génocide, et n’a rien de comparable avec le nazisme). Nombre de gouvernements socialistes européens ont procédé à des nationalisations sans aboutir à la mort de qui que ce soit.

Il y a des millions et des dizaines de millions de morts des régimes de Staline, de Mao, de Pol Pot ou de la dynastie coréenne Kim, mais pas dans la majorité des régimes de « démocratie populaire ». Il faut bien avoir en tête qu’un contre-exemple suffit à détruire une théorie, et donc l’affirmation « Communisme = millions de morts » a donc déjà été invalidée à de multiples reprises.

Mais surtout, rappelons que le socialisme est un type de politique et non un club de régimes, qu’il n’y a pas de socialisme là où il n’y a pas de souveraineté du peuple (ou démocratie). A ceux qui nous demandent comment on peut encore être communiste avec ce qui s’est passé à l’Est, nous devons répondre que nous sommes communistes en raison de ce qui existe et existera en France.

 

IV.4 Le Communisme n’est-il pas responsable des plus grandes famines de l’Histoire ?

Plusieurs grandes famines ont eu lieu dans plusieurs états « communistes » (mais pas tous, loin de là !). En URSS en 1921 et 1933 (et moins intensément en 1947), en Chine en 1959-1961, en Corée du Nord en 1998 (et probablement aujourd’hui), en Ethiopie en 1984, sans parler du Cambodge de Pol Pot où la famine fut une constante entre 1975 et 1979.

Ces famines sont présentées par les anticommunistes comme les conséquences de la collectivisation agricole. A tort. Déjà, sur le fond, la « collectivisation » stalinienne n’était pas le regroupement de paysans dans des ensembles autonomes (rien à voir avec les kibboutz israéliens par exemple), mais leur regroupement forcé pour mieux prélever leur production agricole. Et l’origine des famines fut généralement les surréquisitions, même si ce n’en était pas forcément l’unique cause (ainsi l’historien américain Mark Tauger a-t-il, dans ses recherches, abouti à la conclusion que la famine de 1932 en Ukraine aurait aussi des causes naturelles, et le maintien –même allégé- des prélèvements agricoles aurait précipité la famine) en privant les paysans à la fois de nourriture et de semences. Or la surréquisition n’est nullement un prolongement logique de la collectivisation. Accablerait-t-on des exploitations privées d’impôts que l’on arriverait au même résultat ! C’est d’ailleurs ce qui s’est passé en Russie en 1921, où les réquisitions bolcheviques ont sans doute alourdi le bilan de la famine, mais alors que la collectivisation n’avait pas eu lieu (elle commencera à la fin de la décennie). En Chine, la grande famine de 1959-1961 (de 20 à 40 millions de morts) est aussi due à une série de grands travaux délirants imposés par le régime aux paysans, et de réquisitions calculées sur des objectifs de production tout aussi délirants.

A l’inverse, plusieurs pays ont « collectivisé » leur agriculture et n’ont jamais eu de famines (RDA, Tchécoslovaquie, Bulgarie,…) et même l’URSS et la Chine ont connu des décennies d’agriculture « collectivisée », avec une productivité très médiocre et des gaspillages énormes, mais sans famines et avec une forte croissance de la population et de sa longévité (qui progressait en Europe de l’Est jusque dans les années 60). Dans un pays en famine, la population n’augmente pas.

Une véritable collectivisation aurait soit laissé aux travailleurs des fermes collectives le libre choix de leur production et de leurs échanges, soit ne leur aurait imposé qu’un plan voté par un parlement élu. Parler de « famines de la collectivisation » est une escroquerie de plus.

 

V.              Que penser du bilan des économies « communistes » ?

V.1 Le Communisme, économiquement, n’a-t-il pas été une gigantesque catastrophe partout où il a été appliqué ?

Ce genre d’affirmations, comme les « 100 millions de morts » n’a pas de sens, car elles recouvrent des réalités qui n’en rien à voir entre elles. Passons sur le cas des structures de propriété publique/collective dans les pays démocratiques, qui sont seules à pouvoir être nommées socialistes : nul ne peut contester, pour le cas de la France, que la production électrique fournie par EDF, la production de transports ferroviaires fournie par la SCNF, et la production générale des entreprises publiques aient connu une forte progression en quantité et qualité depuis la fin de la seconde guerre mondiale, et qu’elles aient accompagné la croissance générale des économies occidentales (qui se seraient difficilement passé d’un service performant en électricité, trains, postes…). Plusieurs pays européens (France, Royaume-Uni, Portugal, Italie, Grèce…) se sont dotés d’un secteur d’entreprises nationalisées au lendemain de la seconde guerre mondiale, ou après 1974 pour le Portugal et la Grèce. Dans certains cas, la croissance économique de ces entreprises a pu être inférieure à celle des économies nationales, et donc ralentir en apparence la croissance (quoique les faits puissent être plus complexes : une entreprise publique peut pratiquer des tarifs bas et se mettre ainsi volontairement en situation de déficit afin que ses clients, particuliers ou entreprises, bénéficient plus largement de ses services à moindre coût, favorisant la croissance nationale, ce qui augmente les recettes fiscales que la collectivité utilisera pour combler les déficits de l’entreprise publique). Les pays en question ont souvent procédé à des privatisations (nombreuses dans les années 90 en France), privatisations qui correspondaient moins à un constat d’échec de ces entreprises qu’à une nécessité de combler les déficits publics et de rembourser la dette nationale, dette loin d’être imputable aux seuls déficits des entreprises publiques. D’une manière générale, le secteur public n’a provoqué aucune catastrophe ou effondrement national ponctuel dans les économies européennes, malgré des cas particuliers (comme l’effondrement du Crédit Lyonnais en France).

Traitons ensuite le cas des économies de type soviétique. Les pays d’économie planifiée ont incontestablement connu une progression de leur production matérielle et de la condition de leurs habitants. Cette amélioration peut se constater tant en termes de PIB par habitant (même si une nette sous-productivité a empêché cet indicateur de croître aussi vite qu’il aurait pu ; et cet indicateur n’en reste pas moins contestable dans sa signification, cf. question II.3), en termes d’espérance de vie (même si cette progression s’est interrompue dans les pays est-européens à partir des années 70), en termes de population (la croissance de la population est en soi un critère de développement, car un pays en famine n’accroît pas sa population). Au début de la planification industrielle et agricole soviétique (à partir de la fin des années 20), l’URSS connut des taux de croissance apparemment très élevés, en contradiction avec la récession dans le monde capitaliste. Outre la manipulation des chiffres dans les statistiques soviétiques, la croissance soviétique était aussi largement quantitative, plus que qualitative (on monte plus d’usines avec plus d’ouvriers, mais la productivité par ouvrier augmente peu voire pas du tout). En comparant la croissance des économies planifiées, s’essoufflant dès le début des années 70, avec la croissance des nouveaux pays industrialisés d’Asie orientale (Taïwan, Singapour, Corée du Sud…), on note un retard grandissant des économies planifiées, ce qui ne contredit pas pour autant leur croissance en termes absolus. En effet, les périodes de récession de la production dans les économies planifiées ont été relativement rares : en URSS, pendant la Seconde Guerre Mondiale, pour des raisons évidentes ; en URSS et Europe de l’Est, au début des années 80, en Chine pendant la famine du Grand Bond en Avant (1959-1961). Et bien sûr, en Europe de l’Est, URSS et Cuba à partir de 1989 (1991 pour l’URSS). Cette récession-effondrement finale des économies planifiées est de fait due à leur démantèlement plutôt qu’à leur fonctionnement ordinaire. Le bilan des économies planifiées est donc celui d’une croissance nettement inférieure quantitativement et qualitativement à ce qui aurait pu être fait, mais d’une croissance en biens, en population et en longévité sur la majeure partie de l’histoire de ces économies.

 

V .2 Quel est le bilan économique de l’URSS et de ses satellites ?

D’abord évitons les biais créés par les différences de niveaux de prix des biens et services entre pays : les prix (administrés) étant bien plus bas en URSS que dans les économies occidentales, le revenu apparent de l’URSS était très bas. On a pu lire, sous la plumes de journalistes hâtifs, des affirmations du genre « le produit national de l’URSS était égal à celui des Pays-Bas », affirmations absurdes en réalité. Il faut donc tenir compte de ces écarts de prix. En comparant la Russie tsariste et les USA à la veille de la Première Guerre Mondiale, on constatait déjà une très forte supériorité du produit national brut américain, triple de celui de la Russie, dont la population était nettement plus employée dans l’agriculture, et dont l’industrie était d’une productivité bien inférieure. Soixante ans plus tard, au milieu des années 70, alors que l’URSS avait connu deux guerres sur son sol (1914-1918, 1941-1945), une guerre civile (1918-1921), et des sinistres massifs causés par le pouvoir soviétique lui-même (famines de 1933 et de 1947), le produit national brut de l’URSS était estimé à 40% de celui des USA. Il s’agissait là des meilleures performances que l’URSS ait pu enregistrer. Il faut encore compter que, dans ce revenu, la part qui était dédiée aux investissements (et donc retirée à la consommation des particuliers) était nettement supérieure à ce qui existait aux USA : la consommation, en termes de pouvoir d’achat, d’un soviétique était estimée à l’époque au quart de celle d’un américain. Le contenu de cette consommation était fort différent de celui des particuliers d’un pays comme la France : la part affectée à l’alimentation était bien plus forte chez les soviétiques, dont l’essentiel des frais de logement étaient assumés par l’Etat. On peut donc dire, au niveau individuel, que l’économie soviétique, qui avait déjà réussi à fournir un équipement militaire qui lui avait permis (avec l’aide américaine) de vaincre l’assaut nazi, a aussi permis une progression de la consommation des particuliers qui maintenait l’écart existant jadis entre les USA et la Russie pré-révolutionnaire. A partir des années soixante – soixante-dix, c’était même une ébauche de société de consommation qui apparaissait dans le bloc de l’Est, vite freinée par la stagnation économique à partir des années 70. Mais le rattrapage des économies capitalistes a été manqué.

Au niveau collectif, et en passant sur les désastres écologiques (assèchement de la mer d’Aral, vastes poubelles nucléaires, pollution des sols et des eaux…), on peut constater aussi que l’économie planifiée a créé une base industrielle importante, mais sous-productive. Le bilan est ensuite variable selon les états : si les pays d’Europe de l’Est ont opté vers une industrialisation à marche forcée, un pays comme Cuba s’est enfermé dans la monoculture du sucre. L’un des grands désastres du passage au capitalisme en Europe de l’Est aura été d’envoyer au rebut une partie de cet arsenal industriel qui avait de grandes marges de progrès. La Chine, en effectuant sa transition vers l’économie capitaliste, n’a pas supprimé (loin de là) son secteur d’état, mais en a drastiquement réduit les effectifs salariés.

 

V.3 Quelles étaient les principales tares des économies planifiées ?

  Voir le fichier « Les causes de l’échec de l’URSS».

Il y a d’abord le fait que, comme le notait l’historien Moshe Lewin, l’URSS ne savait pas planifier, mais changeait couramment ses objectifs. Ensuite, de nombreuses pertes dans la distribution des équipements, matières premières et personnels, dues à plusieurs facteurs : l’imprécision de l’information des planificateurs, la lenteur de réaction du système, la méconnaissance du degré de rareté des biens, l’irresponsabilité des cadres. Des équipements lourds comme des stocks agricoles pouvaient rester de longs mois dans des hangars ou silos avant que le plan ne leur trouve une affectation correcte (ou pas), contribuant aux résultats désastreux de l’agriculture soviétique. De façon cyclique, les planificateurs décidaient de lancer de nouveaux projets d’investissements qui avaient pour effet de disperser les ressources, de générer quantité de chantiers inachevés, pendant que le reste de l’économie souffrait de la privation de matériel et de personnel, engendrant alors des crises et parfois des récessions. Aussi, il ne faut surtout pas croire que l’administration soviétique avait réussi à créer un appareil de planification rationnellement constitué. Il existait plusieurs dizaines de ministères de production en URSS, et souvent plusieurs d’entre eux se partageaient une même filière industrielle, ce qui compliquait plus encore les décisions, et accroissait le risque de projets redondants. Le risque des pertes ou d’erreurs de livraison dans les différentes industries amenait de nombreuses usines à internaliser leurs productions, c’est-à-dire à réaliser elles-mêmes le plus grand nombre d’étapes de leur filière dans une seule usine, créant encore plus de doublons dans la production. 

On entend aussi régulièrement des argumentaires sur la démotivation des travailleurs, avec notamment l’exemple courant des travailleurs des fermes collectives (kolkhozes), qui consacraient à leurs terrains privés l’essentiel de leurs efforts, du fait de la rémunération basse et fixe qu’ils recevaient en travaillant sur les terres collectives. Ces faits ne doivent pas faire oublier que même en l’absence de stimulants individuels, les travailleurs soviétiques, qui étaient aussi les consommateurs souffrant des pénuries, avaient tout intérêt à lutter énergiquement contre elles. Mais la centralisation du système, et surtout l’absence de démocratie et donc de responsabilité des cadres, sapaient rapidement les initiatives de la base qui tentaient de solutionner les aberrations du système.

 

V.4 Ces économies pouvaient-elles faire autre chose que s’effondrer ?

On ne peut évidemment pas gloser sur une histoire parallèle qui se serait déroulée en l’absence d’effondrement du Bloc de l’Est. Notons seulement que d’un côté, les pays du bloc de l’Est étaient entrés en stagnation depuis le milieu des années soixante-dix. Mais, selon les statistiques des Nations Unies, ces économies ne connaissaient pas généralement de récession jusque vers 1989, bien qu’il y ait eu une récession en 1981 (atteignant son paroxysme en Pologne), et à l’exception de quelques pays aux situations différentes (Yougoslavie, Roumanie). Dans les démocraties populaires dont le régime s’effondre en 1989 (soit tous les régimes compris entre la RDA et la Bulgarie), surviennent les premières vagues de réformes, comprenant entre autres la libération des prix, qui met à jour toutes les situations de pénuries existant dans une économie planifiée, et rompant tout le système d’échange de l’économie. Les entreprises qui souffraient de difficultés d’approvisionnement subissent dès lors la chute de leur clientèle. Et le Comecon (alliance économique du bloc de l’Est) étant un système d’échanges rigides, sa déliquescence transmet la crise à l’ensemble de ses membres, même à ceux qui venaient d’entamer leurs réformes, puis au « grand frère soviétique ». Mais, dans le cas de l’URSS, comme dans les démocraties populaires, c’est le pouvoir politique qui s’effondre en premier lieu, avec comme principal vecteur en URSS les proclamations d’indépendance successives des républiques de l’Union, et la désorganisation complète du Plan. On ne saura jamais si les économies de l’Est se seraient effondrées s’il n’y avait pas eu le renversement des régimes en question. Mais ce sont ces renversements qui ont précédé l’effondrement des économies, et non le contraire.

 

V.5 Les pays ex-soviétiques n’ont-ils pas gagné, au final, à la transition vers le capitalisme ?

Le résultat a été très variable : tous les pays de l’ex-Comecon ont connu des chutes de leurs revenus nationaux, pendant au moins deux ans. Certains pays sont plus affectés : ce fut notamment le cas de l’URSS, qui perdit la moitié de son produit national en quatre ans, ou l’ex-RDA qui perdit à la fois ses partenaires extérieurs du Comecon et sa clientèle nationale (la parité des deutschemarks Est et Ouest ayant entraîné une ruée sur les productions de l’Allemagne de l’Ouest). Les pays ex-frontaliers du bloc de l’Ouest sont rapidement sortis de la récession pour entamer une forte croissance : ainsi resurgirent la Slovénie, la République Tchèque, les pays baltes, ou encore la Pologne. Les états orientaux (Roumanie, Bulgarie, ex-URSS) restèrent plus longtemps dans la dépression, au point que, par sondage, on sut en 2001 que la moitié des russes constataient que leur situation était pire que sous l’URSS. Et ce n’est que peu de temps avant la crise de 2008 que la Russie revint au niveau de son produit national de 1990… Le constat sanitaire est le même : les états d’Europe centrale ont rompu, dans le milieu des années 90, avec la tendance à la baisse de l’espérance de vie qui s’était enclenchée dès la fin des années soixante, et entamèrent ainsi leur rattrapage sur la condition des occidentaux. A l’inverse, la Russie connut, surtout chez les hommes, plusieurs aggravations de la mortalité, atteignant le fond à la fin des années 90, pendant que la natalité était au plus bas. La population de la Russie est ainsi passée de 148 millions d’âmes en 1994 à 140 millions en 2008, et l’Ukraine de 52 à 49 millions.

 

VI.           Une société communiste à venir,  ce serait quoi ?

VI.1 Qui doit posséder les entreprises ?

Parler de « propriété collective » revient à parler de réalités très différentes. Cela peut être la propriété d’une entreprise par les salariés qui y travaillent. Cette solution, la plus proche de l’autogestion, possède le défaut de créer une inégalité entre de très grandes entreprises situées sur des secteurs stratégiques (pensons à EDF) et des petites entreprises vulnérables. Aussi, une entreprise a généralement besoin de financement extérieurs. Une petite entreprise autogérée sera de faite soumise à ses créanciers, même s’ils sont publics.

La propriété collective peut aussi être celle de l’Etat, pour peu que celui-ci soit démocratique. Par démocratique, on entend non pas une démocratie pure, transparente et participative, mais au moins un régime où un grand nombre de citoyens mécontents peuvent faire basculer un gouvernement. En dehors de cela, la propriété d’entreprises par l’Etat (dont la France a largement l’expérience, mais elle n’est pas la seule), est une des forme les moins démocratiques de la propriété.

Les entreprises socialisées peuvent aussi appartenir à des sociétés distinctes de l’Etat, dont seraient membres tous les travailleurs (voire tous les citoyens adultes) en tant que sociétaires. C’est-à-dire que chacun y disposerait d’un droit de vote par tête, ni plus, ni moins (ce droit étant inaliénable, nul ne peut vendre sa part). Les administrateurs de cette (ou ces) société seraient donc élus indépendamment des élections qui désignent le Parlement, et peuvent donc leur être opposées politiquement, mais seul l’Etat disposerait de forces de l’ordre. Il pourrait aussi y avoir plusieurs sociétés, se partageant le capital des entreprises, avec des sociétés régionales par exemple. Ce pourrait être l’avenir de sociétés publiques telles qu’EDF ou la SNCF que de devenir directement les biens des citoyens, sans l’intermédiaire de l’Etat.

 

VI.2 Une économie communiste doit-elle forcément être planifiée ?

Pas nécessairement. Une économie de marché mettant en concurrence des entreprises appartenant à des salariés peut être une économie socialiste. Ce n’est pas l’avis des marxistes-léninistes pour qui le communisme doit aboutir à la fin du marché. Mais le Communisme doit avant tout consister en la propriété et la souveraineté collective. Or, si ledit peuple, classe ouvrière comprise, demande le maintien d’une économie marchande, est-ce communiste que d’imposer la planification ? La réponse est non.

Il n’y a pas non plus d’absurdité à ce que deux entreprises appartenant à la même collectivité se fasse concurrence. Deux sociétés possédées par un même groupe capitaliste peuvent être en compétition sur le même terrain actuellement. Et le risque d’ententes sur le dos des fournisseurs ou consommateurs peut se combattre si l’on sépare l’Etat (qui dispose de la police, de l’armée, finance les tribunaux) et la collectivité des travailleurs (qui possède les entreprises, cf. question précédente).

 

VI.3 Le Communisme doit-il reposer sur l’altruisme ?

N’en déplaise à Ernesto « Che » Guevara, la réponse est non. Contrairement à ce qui est souvent dit dans les discours angéliques des gauchistes, le capitalisme ne se distingue pas par la cupidité (qui existait tant dans le féodalisme, que dans les commerces antiques ou médiévaux, ou dans toutes les bureaucraties du monde), mais par la propriété privée, l’exploitation de la main d’œuvre salariée et la concentration du capital. En supprimant au moins les deux premiers caractères, on sort du capitalisme, on n’évolue pas pour autant vers un monde altruiste.

Dans une société communiste, il pourra donc toujours être possible de rechercher l’enrichissement personnel. Le problème d’un communiste n’est pas tant la lutte contre la recherche du gain chez les individus, mais comment ce gain se réalise : si c’est par le travail, l’héritage ou la propriété (seul les revenus du travail -et de la solidarité pour ceux qui ne peuvent travailler- sont admissibles pour les communistes).

 

VI.4 Y a-t-il des idées, des programmes pour le Communisme ?

Cette question est abordée dans le volet 5. De la page d’accueil, et plus largement dans le livre « Pour le Communisme ».

 

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