Foire Aux Questions sur le Communisme
Comme toute FAQ, il n’est nullement imposé de lire l’ensemble
d’une traite pour comprendre le message du site.
Au programme :
I.
C’est quoi le Capitalisme ?
I.1 C’est quoi le Capitalisme ?
I.2 Qu’est-ce que le libéralisme ?
I.3 Qui sont les capitalistes ? Qui sont les prolétaires ?
II.
Pourquoi vous êtes contre ?
II.1 Qu’est-ce donc que vous appelez l’exploitation ?
II.2 Vous dénoncez l’exploitation, mais il faut bien que les
entrepreneurs vivent !
II.3 Le capitalisme n’est-il pas le système qui crée le plus de
richesses ?
II.4 Dans le capitalisme, est-ce que chacun n’est pas libre de s’enrichir
par lui-même et de changer sa position sociale ?
II.5 Avec plusieurs millions d’actionnaires dans chaque grand pays
développé, est-ce que le capitalisme ne devient pas démocratique ?
II.6 Y a-t-il des méfaits de masse imputables au capitalisme en tant que
système ?
II.7 Quel rapport entre le capitalisme et le colonialisme ?
II.8 Quel rapport entre capitalisme et esclavagisme ?
II.9 Quels sont les causes et les bilans des guerres
anticommunistes ?
II.10 Quel est le bilan humain du capitalisme ?
III.
C’est quoi le Communisme ?
III.1 Quelle est la différence entre socialisme et communisme ?
III.2 Le Communisme, c’est l’URSS, la Chine, la Corée du Nord, non ?
III.3 L’URSS n’était-elle pas une révolution démocratique, au départ, qui
aurait été dévoyée par Staline ?
III.4 Le Communisme, c’est tout à l’Etat, non ?
III.5 Le Communisme et le marxisme, c’est pareil, non ?
III.6 Le Communisme n’exige-t-il pas la dictature du prolétariat ?
III.7 Quels sont les différents courants du Communisme ?
IV.
Comment expliquez-vous les
« crimes du Communisme » ?
IV.1 Le Communisme peut-il être démocratique ?
IV.2 Le Communisme consiste-t-il à tuer des
« bourgeois » ?
IV.3 Le Communisme n’est-il pas responsable de la mort de 100 millions de
personnes ?
IV.4 Le Communisme n’est-il pas responsable des plus grandes famines de
l’Histoire ?
V.
Que penser du bilan des économies
« communistes » ?
V.1 Le Communisme,
économiquement, n’a-t-il pas été une gigantesque catastrophe partout où il
a été appliqué ?
V .2 Quel est le bilan économique de l’URSS et de ses
satellites ?
V.3 Quelles étaient les principales tares des économies planifiées ?
V.4 Ces économies pouvaient-elles faire autre chose que
s’effondrer ?
V.5 Les pays ex-soviétiques
n’ont-ils pas gagné, au final, à la transition vers le capitalisme ?
VI.
Une
société communiste à venir, ce serait
quoi ?
VI.1 Qui doit posséder les entreprises ?
VI.2 Une économie communiste doit-elle forcément être planifiée ?
VI.3 Le Communisme doit-il reposer sur
l’altruisme ?
VI.4 Y a-t-il des idées, des programmes
pour le Communisme ?
I.
C’est quoi le Capitalisme ?
Voir le fichier
« II. Qu’est-ce que le capitalisme ».
I.1 C’est quoi le Capitalisme ?
Le Capitalisme est un système qui se distingue par : 1) la propriété
privée des moyens de production (les entreprises), 2) l’enrichissement des
propriétaires de ces entreprises sur le travail de la main d’œuvre qui vend sa
force de travail (les prolétaires), du seul fait qu’ils sont propriétaires, 3)
la tendance à la concentration des moyens de production.
Par le 1), j’entends qu’un pays où les entreprises sont généralement
propriété d’Etat, même si l’économie est toujours un système de marché plutôt
qu’une économie planifiée, n’est pas un pays capitaliste.
Par le 2), j’entends ce que Karl Marx et beaucoup d’autres appellent
l’exploitation, la production de plus-value : seul le travail (en plus de
la nature) crée une richesse économique, le capitaliste qui achète ce travail
obtient du salarié une production supérieure en valeur (la valeur ajoutée),
dont le salarié ne touche qu’une partie.
Par le 3), je signifie qu’une économie
constituée uniquement de très petites entreprises avec un, deux ou
quelques salariés, n’est pas vraiment capitaliste. Un patron de PME ne tire pas
forcément une plus-value des salariés qu’il emploie, tandis qu’une entreprise
de plus grande taille doit s’assurer que ses salariés sont sources de plus-value,
sans quoi elle risque la faillite.
Le système capitaliste ne couvre pas l’ensemble de la planète, même à
l’exception de la Corée du Nord et de Cuba. Dans de nombreux états,
particulièrement en Afrique, au Moyen-Orient et Asie, les états, malgré les ajustements
structurels du FMI, sont restés interventionnistes, protectionnistes
(c’est-à-dire répriment, fiscalement ou légalement, les importations),
réglementaristes, bureaucratiques. La frontière entre propriété privée et
étatique est souvent floue, comme c’est souvent le cas en Chine actuellement.
I.2 Qu’est-ce que le
libéralisme ?
C’est, avant d’être un programme politique, un système de pensée qui, par
opposition au socialisme, refuse de reconnaître l’existence de l’exploitation, des
classes sociales et de leurs luttes. Le libéralisme part du principe que les
hommes ont les mêmes droits (ce en quoi nous sommes presque tous d’accord), que
la liberté (définie de diverses manières…) est le premier de ces droits, et
l’Etat, c’est-à-dire l’institution qui détient le monopole de la violence
répressive, assure l’égalité des droits, et le caractère « non
faussé » de la compétition entre individus.
Pour un libéral, la propriété privée est sacrée, et l’exploitation des
salariés est un mythe. Le propriétaire des moyens de production (le
capitaliste) a bien le droit d’engranger un profit sur le travail produit par
les salariés, puisqu’il s’est forcé à épargner son argent pour en faire un
capital productif plutôt que de le dépenser immédiatement ! Le fait que le
capitaliste récupérera généralement son cher argent avec une majoration – qu’il
n’aura pas créée- ne leur pose pas problème.
I.3 Qui sont les
capitalistes ? Qui sont les prolétaires ?
Dans le sens large, un capitaliste est un détenteur de capital qui
cherche à le faire fructifier, à en tirer un intérêt, des dividendes…Donc, dans
l’absolu, tout possesseur d’actions (soit plus de 7 millions de personnes en
France), de contrat d’assurance-vie (dix millions de ménages), ou même pourquoi
pas de livret A (soit quarante millions de français) est un capitaliste. La
réalité, c’est que ces patrimoines sont répartis de façon beaucoup plus inégale
que les revenus dans leur ensemble. Et surtout, il faut comparer, au niveau de
chaque individu, ce que rapportent les revenus du capital dont on peut disposer
par ses avoirs financiers, et ce que nous coûte l’exploitation capitaliste,
c’est-à-dire ce que l’on a produit pour notre employeur et qu’on ne récupérera
pas dans notre salaire.
Si on définit les prolétaires comme ceux qui ne vivent que de leur force
de travail (Marx) et qui subissent l’exploitation capitaliste, alors les
prolétaires sont ceux qui versent plus de revenus aux capitalistes qu’ils n’ont
eux-mêmes de revenus du capital. On peut dire aussi que les prolétaires sont
ceux qui, s’ils perdent leur travail, n’ont pas d’autres revenus pour les
soutenir.
On pourrait dessiner un tableau avec sur un axe, ceux qui disposent – ou
non- de revenus du capital, et sur un autre axe ceux qui sont plus ou moins
soumis à l’exploitation capitaliste.
(Il s’agit là bien sûr de profils moyens et approximatifs)
Les salariés de la fonction publique ou d’entreprises publiques non
profitables ne font pas partie des exploités, parce que l’Etat ne fait pas de profit
sur eux. Mais ils peuvent faire partie des détenteurs de capitaux. Des cadres
ou salariés hautement rémunérés du secteur privé et profitable peuvent être à
la fois des capitalistes et des exploités. Des millions de travailleurs font
l’objet d’une exploitation mais ne disposent que très peu d’épargne susceptible
de leur rapporter des revenus.
Le graphe précédent donne une illustration –simplifiée bien sûr- de la
position que chacun d’entre nous pouvons avoir face au capitalisme. Nous ne
sommes pas tous des exploités, mais des millions d’entre nous le sont. Et dans
l’idée de « s’attaquer aux profits », on doit s’attendre à se heurter
à différentes catégories de population selon que l’on réquisitionne le revenu
du petit épargnant ou celui du grand capitaliste – et dans la réalité, une loi
peut difficilement distinguer les deux.
II.
Pourquoi vous êtes contre ?
II.1 Qu’est-ce donc que vous appelez
l’exploitation ?
Par exploitation, il ne faut pas
entendre un régime de travail inhumain imposé par le propriétaire de
l’entreprise à ses salariés. Les communistes ne prétendent nullement que la vie
du travailleur d’aujourd’hui ressemblerait à Germinal, et serait faite de coups
de triques, de sueur, de sang et de larmes (enfin pas tous les jours pour ce
qui est des larmes). On peut très bien parler d’exploitation concernant des
travailleurs occupés trente-cinq heures par semaine, bénéficiant de cinq
semaines de congés payés, voire même de ceux qui ont droit à de multiples
pauses, et même dans certains cas de la sieste !
L’exploitation, c’est tout
simplement le fait que le propriétaire du capital va empocher une partie de ce
qui aura été produit par le travailleur, au seul motif qu’il est propriétaire.
Dans l’analyse marxiste (comme
dans celle de l’auteur de ce site), à l’exception de la nature, seul le travail
crée de la richesse (on entendra par richesse tout bien ou service pouvant être
utile à quelqu’un – il peut y avoir d’autres définitions). Le propriétaire du
capital (dit aussi le Capital) peut apporter des outils indispensables à la
production, mais ne crée rien en soi. Aujourd’hui, en France, sur cent euros
de « richesses » produites
dans une société (c’est-à-dire les entreprises, à l’exclusion des entreprises
individuelles), deux tiers iront en rémunération des salariés (qui ont presque
tout produit), et un tiers se partagera entre impôts, renouvellement des
équipements ou amortissements (ce qui est nécessaire pour que l’entreprise
continue de produire) et revenus du capital versés à des créanciers ou aux propriétaires
eux-mêmes.
La seule chose qui fonde le profit
du capitaliste n’est donc pas son utilité productive, mais le rapport de force
qu’il exerce du fait qu’il est propriétaire, et qui repose sur la loi de l’état
qui soutient la propriété privée et le capitalisme.
On pourrait également citer le
principe même de la location de logements : que l’on paie à un
propriétaire de logement de quoi rembourser son investissement, et entretenir
sa valeur (et sa salubrité pour un logement), c’est normal. Qu’il s’enrichisse
en plus de cela est un vol.
Il ne s’agit pas nécessairement
d’interdire les prêts à intérêt ni les loyers, mais de remplacer la propriété
privée par une propriété collective (celle des travailleurs, salariés ou
même non-salariés, membres en tant que
travailleurs et non en tant que propriétaires).
II.2 Vous dénoncez l’exploitation,
mais il faut bien que les entrepreneurs vivent !
La rémunération du capital n’a
rien à voir avec la juste rémunération
de l’entrepreneur qui prend des risques et travaille d’arrache-pied, car ce
propriétaire peut tout aussi bien être (et est majoritairement en fait) un
individu totalement extérieur à l’entreprise, ou une organisation intermédiaire
(banque, fond d’investissement) regroupant de tels individus.
Il faut clairement distinguer le
propriétaire du capital (un actionnaire, un détenteur de titres en général), et
le dirigeant d’une entreprise, un cadre, un manager, un « patron »
comme on l’entend ordinairement. Dans une économie moderne, ceux qui dirigent
le service où vous travaillez ainsi que leurs supérieurs sont eux-mêmes des
salariés.
C’est aussi pourquoi il ne faut
surtout pas voir le communisme comme un appel à « bouffer du
patron ». Ce genre de slogans, pour amusants qu’ils soient dans la bouche de
gauchistes, ont pour effet final, outre de se tromper de cible, de donner
l’impression qu’il suffirait de supprimer une minorité d’individus pour que le
système change. On a vu ce qu’il en a été en Chine : l’exécution de
milliers (bien plus en fait) de « bourgeois » ou autres
« propriétaires terriens » n’a pas empêché le retour au capitalisme.
Le problème ne vient pas tant des individus que de la propriété privée dans son
principe.
Le fait que le capitaliste encoure
un risque de perdre ses avoirs en investissant ne change rien au fait que,
généralement, il engrangera un revenu net (c’est-à-dire après avoir retiré la
hausse des prix).
On remarquera aussi que les
actionnaires, en France du moins, doivent effectivement supporter une forte
fiscalité : 34% d’impôts sur les sociétés, plus le cumul d’impôt sur le
revenu. En oubliant que si les mêmes sommes étaient versées en salaires, il
faudrait aussi compter 45% de cotisations sociales…En lisant les martyrologes
des actionnaires dépouillés par le fisc, on se demande comment se fait-il que
la France ait compté -et compte toujours- plus de cinq millions d’actionnaires
à titre individuels, sachant que, même pour les spéculateurs, la valeur d’un
titre de propriété de capital reste liée aux revenus qu’elle est appelée à
générer à l’avenir par la dividende ou l’intérêt.
II.3 Le capitalisme n’est-il pas le
système qui crée le plus de richesses ?
ATTENTION REPONSE LONGUE ! Le
chapitre du site approfondissant ce sujet n’a pas encore été écrit, c’est donc
dans la FAQ que tous les arguments sont donnés.
Deux points : d’abord, qu’appelez-vous une richesse ?
Ordinairement, on désigne ainsi
tout bien ou service qui représente une utilité non nulle pour quelqu’un qui
soit prêt à l’acheter. Le Produit Intérieur Brut (PIB) est, basiquement,
cela : la somme des valeurs vendues après soustraction des achats réalisés
par les producteurs pour accomplir leur travail, pour éviter les doubles
comptes. Une richesse, c’est donc avant tout ce qui se vend.
On peut contester cette définition :
si l’on achète quelque chose, ce n’est pas toujours par choix : nul
n’achète la publicité, ni n’a choisi si nous développerions en majorité
l’automobile individuelle ou les transports en communs ; les recours
juridiques sont aussi des « créations de richesses », même si l’on
s’en passerait volontiers dans beaucoup de cas. Comme pour les automobiles,
diverses productions pourraient être mutualisées et nécessiter dès lors moins
de production matérielle (ordinateurs, livres, disques, etc…). Dès lors qu’on
achète quelque chose plus par contrainte ou par inertie que par besoin
conscient, alors il ne s’agit pas nécessairement d’une « richesse ».
On a aussi des gaspillages plus
« subjectifs », car ils relèvent d’un jugement moral : est-ce
une création de richesses que de construire des résidences secondaires quand
des résidences principales salubres font défaut ? Que penser des émissions
indigentes des chaînes de télévisions, des productions de série B dans le
domaine artistique, de la surconsommation alimentaire ? En réalité, il est
probable que beaucoup de gens pourraient dépenser moins, tant sur les plans
alimentaire, vestimentaire, ou sur les objets de consommation courante, non pas
en se privant, mais en recourant davantage à des activités communes (covoiturage
dans les transports), au partage (matériel informatique), à la location…
Le PIB restera toujours un outil
comptable indispensable, mais en lui seul il apprend peu de choses sur le
niveau de vie réel d’une population. Ce que j’entendrais par niveau de vie,
c’est l’ensemble des actions que les individus ont la possibilité de faire dans
leur existence. Par exemple, si deux personnes doivent faire dix kilomètres de
trajet quotidien, que l’un le fait en automobile et l’autre en transports en
communs parce qu’il n’a pas d’automobile, en y mettant le même temps et sans
plus d’entraves, alors les deux sont, sur la question des transports, aussi
riches l’un que l’autre, pourtant l’un des deux aura une automobile personnelle
et pas l’autre. Le fait que l’un ait potentiellement la capacité de se déplacer
plus librement avec son véhicule n’a pas de raison de compter dans la balance,
s’il le fait rarement ou peu (et surtout on ne peut comparer un déplacement
nécessaire avec un déplacement de loisir). Si une personne partage des fichiers
musicaux avec une autre, elle est de fait aussi riche qu’une personne possédant
les albums correspondant. On pourrait aussi mesurer la richesse vestimentaire,
immobilière ou autre non pas en fonction du nombre d’objets possédés (en terme
d’étendue de garde-robe ou de mètres carrés), mais en fonction de l’utilité
absolue (c’est-à-dire en retenant que la garde-robe nécessaire pour vivre,
travailler, faire du sport ou supporter l’adversité du climat, et l’espace
habitable nécessaire pour dormir, s’entretenir, et faire vivre un ménage…).
En raisonnant ainsi, le fait que
le PIB par habitant soit 40% plus élevé aux USA qu’en France ne signifie donc
nullement que les américains vivent 40% «mieux » que nous. Et on ne parle
même pas là de la qualité de vie en termes de « bonheur » ou de
« bien-être », mais en termes de consommation matérielle.
De par cette mesure, l’estimation de
la « richesse » serait nettement modifiée. Les partisans du
capitalisme et du marché y verront là une pétition de principe :
forcément, si nous vivions tous à la spartiate, beaucoup de choses
deviendraient du gaspillage ! Sauf que cette évaluation de la richesse
permettrait de cerner plus précisément où ce niveau de vie décent n’est pas
atteint, et où il est largement dépassé. Le « surplus » entre ce que
nous consommons et ce dont nous avons besoin pour vivre peut être vu comme une
source de satisfaction supplémentaire, mais en diminuant des gaspillages et en
réinvestissant nos efforts dans la recherche, d’autres progrès supérieurs que
nous ignorons pour l’instant nous seraient disponibles.
Il ne s’agit donc nullement d’être
contre le progrès et d’appeler au retour au Moyen-âge, mais de constater que si
un très grand nombre d’inventions voient le jour sous le capitalisme, le trait
de ce système et du marché est aussi de démultiplier les exemplaires de ces
inventions, alors qu’au contraire, en économisant nos ressources (la plus
précieuse étant le temps de travail humain), on pourrait allonger la liste de
nos découvertes.
La deuxième remarque concerne les
auteurs des richesses dont il est question. Ceux qui vantent les immenses
richesses créées par le capitalisme oublient que les plus précieuses d’entre
elles ont peu à voir, sur le fond, avec les canons du capitalisme et du marché.
On peut se passer de compagnies de tourisme, de parc d’attractions, de
restaurants (tant qu’on conserve l’alimentation de base), de la plupart des
médias (sauf émissions à caractère informatifs, et certains médias sont publics
dans nombre de pays). Nous pourrions, comme il y a trente ans, nous dispenser
de nombre d’objets électroniques. Mais on ne peut se passer ni d’électricité,
d’eau, de soins médicaux, de sécurité ou d’éducation. Or ces richesses-là, dans
la plupart des pays développés, sont fournies par des administrations ou des
entreprises publiques, ou encore des entreprises privées sous contrat avec une
collectivité (on est alors dans le marché à un seul consommateur ou monopsone,
et non plus le marché atomisé). Les biens agricoles, ou la pharmacie, nous sont
fournis par des agents privés dont l’activité n’est pas non plus uniquement
liée à un marché faits d’agents privés, puisqu’ils négocient soient avec la
Sécurité Sociale, soit dépendent des subventions et réglementations de la
Politique Agricole Commune.
On peut critiquer comme on le
souhaite l’efficience des dépenses des administrations et entreprises du
secteur public, ou des marchés à forte réglementation (au point qu’ils ne
fonctionnent plus globalement selon une logique de marché). Mais on doit
constater que, globalement, ces secteurs font leur travail. La nature
démocratique des gouvernements des pays concernés n’y est pas pour rien :
s’il n’y avait pas de service rendu par le secteur public, la réaction
populaire serait immanquable. Ce qui ne pouvait se vérifier en URSS.
II.4 Dans le capitalisme, est-ce que
chacun n’est pas libre de s’enrichir par lui-même et de changer sa position
sociale ?
C’est le mythe de base du
capitalisme « libéral » ou de la société de marché : au fond, il
n’y a pas à critiquer les inégalités sociales, puisque chacun peut, par son
travail (ou par quelques placements ingénieux), changer de position sociale,
passer de pauvre à riche, ou le contraire.
Le problème est déjà qu’il n’y a
pas de places pour tout le monde au sommet de la pyramide. En clair : les
entreprises auront toujours besoin d’exécutants à la base, moins bien payés car
plus facilement remplaçables que les autres (même si le travail collectif
qu’ils font est irremplaçable, vital même : la France a plus de chances de
se remettre d’une disparition de la moitié de ses cadres que de la moitié de
ses ouvriers). Donc, quand bien même nous serions tous des génies
hyper-entreprenants (et donc tous appelés à s’enrichir dans l’optique du
capitalisme « libéral »), on se retrouverait quand même avec des
exécutants, des cadres, des dirigeants…et probablement, en vertu des
différentes rémunérations, des propriétaires de capitaux et des travailleurs
sans propriété – des prolétaires, donc.
Et il en serait de même quand bien
même nous serions tous dotés exactement de la même intelligence et de la même
ardeur au travail : le critère départageant les positions et les revenus
serait alors la chance, et rien d’autre. Si nous étions tous des génies,
peut-être des innovations radicales feraient qu’il n’y ait plus besoin
d’exécutants manuels. Mais, au vu des siècles passés, les progrès techniques,
en mettant de côté leurs bienfaits pour l’humanité, ont davantage creusé les
inégalités sociales qu’ils ne les ont réduites.
Rajoutons à cela que la chance est
aidée par un bon patrimoine familial lorsque vous naissez dans une famille
aisée (et plus encore si vous êtes né millionnaire), et est handicapée lorsque
vous naissez dans un milieu plus pauvre…
L’idée « libérale »
selon laquelle la seule égalité admissible serait l’égalité des chances n’a
donc pas de fondement. La richesse des uns doit souvent au travail des autres,
car la richesse d’une personne se fonde non seulement sur son travail
personnel, mais aussi sur la collaboration des autres (et, s’il est
capitaliste, sur l’exploitation de leur travail). Ce qu’il ne faut pas
confondre avec : « si les uns sont riches, c’est parce que les
autres sont pauvres », car on peut s’enrichir tous, mais ça ne supprime
pas l’exploitation. On arrive à la conclusion que la richesse est, en grande
partie, un bien collectif. Ou du moins devrait être gérée comme telle, avec
soit une redistribution forte, soit un contrôle collectif sur les rémunérations
versées, en plus de l’abolition de l’exploitation, donc du capitalisme.
II.5 Avec plusieurs millions
d’actionnaires dans chaque grand pays développé, est-ce que le capitalisme ne
devient pas démocratique ?
La France compte plus de sept
millions d’actionnaires, les Etats-Unis plusieurs dizaines de millions…sans
oublier cependant que la répartition des titres de propriété donnant lieu à
rémunération (obligations, bons, actions) est beaucoup plus inégalitaire en
valeur que celle des revenus, sans parler des inégalités de travail fourni ou
de productivité individuelle (qui n’a en soi pas de sens puisque la
productivité moderne est surtout collective). Ce qui signifie que, dans la
« démocratie des actionnaires », où le plus insignifiant d’entre
nous, avec ses quelques actions, pourrait influer sur les choix des
entreprises, n’a rien à voir ni avec une démocratie réelle (basée sur le
principe d’une voix par personne), et n’a rien non plus à voir avec un système
où le nombre de voix serait lié à la contribution effective de l’individu à
l’activité économique.
Sur les sites libéraux, on trouve
parfois des exemples poignants de pauvres gens qui disposeraient de quelques
titres de capital qui leur fourniraient le peu de revenus qu’ils ont pour
vivre, et ainsi les bolcheviks qui souhaitent en finir avec les revenus du
capital voudraient donc affamer la veuve qui vit de ses rentes… Passons sur le
fait que ces arguments visent à se servir d’une minorité de cas (il y a certes
des millions de retraités abonnés aux fonds de pension, en Amérique du Nord ou
même en Europe – ailleurs qu’en France- mais la majorité des patrimoines est
concentrée par une minorité) pour défendre les revenus d’actionnaires qui ont
déjà un salaire ou autre revenu du travail en parallèle. Notons qu’il n’est pas
acceptable que les revenus du capital forment un moyen de subsistance. Une
retraitée doit avoir une pension versée par la collectivité, de même qu’une
famille ayant perdu un membre travailleur : il est à la fois inadmissible
que les revenus de ces personnes soient soumis au risque de faillite (ou même
de mauvais résultats) d’une ou quelques entreprises, et à l’inverse, elles
n’ont pas à s’enrichir plus qu’à l’accoutumée au cas où les travailleurs de ces
entreprises auraient réalisé une plus grande production en valeur que les
années précédentes.
II.6 Y a-t-il des méfaits de masse
imputables au capitalisme en tant que système ?
Voir le fichier « V. Le
site noir du capitalisme ».
Ayant mis 500 ans à se développer depuis les banquiers de Flandres et
d’Italie, le capitalisme a épousé la plupart des aventures du monde occidental,
puis du monde tout court au XIXème. Le capitalisme a au moins été véhiculé par
le colonialisme. Les guerres anticommunistes (qui suivaient parfois les guerres
coloniales, comme en Indochine) étaient évidemment nécessaires au capitalisme,
et n’étaient pas (en majorité) déclenchées par l’adversaire
« communiste » (ou revendiqué comme tel). Le bilan humain du
capitalisme, estimable directement en termes de mortalité générale des
populations, n’est pas non plus si brillant que les partisans du capitalisme
souhaiteraient le faire croire.
Il faut surtout savoir que ceux qui font l’apologie du capitalisme
appellent souvent de leurs vœux un capitalisme « libéral » (voir la
définition à la question 1.2). De ce fait, toute critique concernant le
capitalisme dans des pays du « Tiers-Monde » risque de se heurter aux
mêmes réponses : ces pays ne sont pas des pays libéraux, pour la
plupart d’entre eux, et surtout pour les plus arriérés, ceux où la condition
humaine est la plus lamentable (revenus très faible, espérance de vie basse,
éducation plus que lacunaire, etc…). Pour certains pays (on pense au continent
africain), la succession des guerres, des dictatures et l’accaparement des
activités économiques par des cliques internes au pays ou étrangères empêchent
de parler de « capitalisme » tel que décrit dans la question 1.1,
tant l’économie est ravagée. Par contre,
dans d’autres et vastes régions du monde (Amérique latine, Asie du Sud), la
présence d’un état certes interventionniste, imposant des restrictions à
l’économie de marché (fixations de prix notamment), des mesures
protectionnistes (droits de douanes, quotas) n’interdit pas de constater
l’existence d’un secteur privé concentrant une main d’œuvre salariée sur
laquelle les propriétaires réalisent un profit : c’est donc bien un
système capitaliste, ou étato-capitaliste.
D’une manière générale, aucun capitalisme ne tient sans l’Etat, ne
serait-ce que pour faire respecter le droit de la propriété, et l’état est
d’autant plus fort que des menaces intérieures et extérieures lui servent de
prétexte pour son intervention dans l’économie. Notons que si les pays
développés, à l’inverse, sont plus « libéraux » en matière de droit
d’entreprendre, de droits de propriété, d’ouverture du marché national, ils
sont en revanche nettement plus interventionnistes en matière de prélèvements
obligatoires et de couverture sociale. Le capitalisme « pur »
n’existe pas et n’existera sans doute jamais. On doit donc juger celui qui
existe.
II.7 Quel rapport entre le
capitalisme et le colonialisme ?
Il a été de bon ton de prétendre,
pendant des décennies d’analyses marxistes du capitalisme, que le colonialisme
était un moyen pour les métropoles coloniales, dont l’industrie était passée au
rang du développement capitaliste, de trouver des débouchés commerciaux. En
possédant une colonie, l’état conquérant s’adjuge plus ou moins le monopole (et
totalement s’il le souhaite) des ventes pour les compagnies nationales (privées
ou publiques). Dans la réalité, il est avéré que les colonies européennes du
XIXème siècle, en Afrique ou Asie du Sud-Est notamment, étaient d’une part de
très faibles clients, mais aussi de faibles sites de production, malgré leurs
richesse en matières premières : la plupart des investissements provenant
des états européens capitalistes se dirigeaient vers les « états
neufs » (c’est-à-dire les états américaines récemment indépendants, plus
marginalement l’Australie/Nouvelle-Zélande). A l’inverse, les coûts
d’occupation militaire et la construction d’infrastructures par les métropoles
coloniales faisaient que les colonies coûtaient souvent plus cher qu’elles ne
rapportaient, à condition d’additionner les bilans étatiques (et le déficit
était certain pour les états) et privés (entreprises privées qui pouvaient
faire des bénéfices, mais en même temps les investisseurs privés étaient peu
nombreux). Ainsi disait-t-on qu’hormis quelques exploitations de caoutchouc, on
ne trouvait en Indochine Française que des fonctionnaires et des militaires. Le
scénario a été le même aux Amériques avant les indépendances du XIXème siècle,
Adam Smith déplorant au XVIIIème siècle par exemple que les colonies
américaines n’aient, en fait, rapporté que des pertes à l’Angleterre.
Cependant, c’est justement après les
indépendances que ces états anciennement colonisés, à divers niveaux,
deviendront des états capitalistes. Mais cette situation n’aurait jamais été
atteinte si des états européens n’avaient mis en place des routes, une relative
sécurité militaire pour la production et l’échange de marchandises, la notion
de droits de propriété (inconnus dans de nombreuses sociétés amérindiennes).
Hors des Amériques, certains pays qui n’ont jamais été colonisés directement
(c’est-à-dire occupés à long terme) sont passés, même temporairement, à l’état
capitaliste : c’est le cas de la Thaïlande (l’ancien royaume de Siam), de
la Chine (avant Mao, et exceptée l’occupation japonaise), ou plus brièvement de
la Perse / Iran (avant que la révolution islamique de 1979 ne mette fin au
secteur privé capitaliste dans ce pays). Mais ces trois pays présentaient tous
la particularité d’avoir un état relativement organisé, fut-il décadent, tandis
que l’unification étatique et la construction d’infrastructures fut souvent le
fait du colonisateur dans bien d’autres lieux (en Afrique notamment).
Le fait que les métropoles aient fait
peu de profits sur leurs colonies avant l’indépendance de celles-ci ne change
rien au fait que le colonialisme était généralement l’étape obligée avant le
capitalisme. Le bilan du capitalisme peut donc difficilement se distinguer du
bilan du colonialisme.
II.8 Quel rapport entre capitalisme
et esclavagisme ?
La traite négrière européenne, dont
l’apogée a eu lieu entre 1700 et 1850, qui a consisté en la déportation de 12
millions de personnes (selon les livres de bord des négriers), et le
déplacement en Afrique d’une population encore plus grande (probablement le
double), a souvent été présentée comme l’une des premières sources de
financement des industries capitalistes naissantes en Europe à la fin du 18ème
siècle. Cette thèse paraît tentante car la moitié du trafic négrier
transatlantique a été le fait de compagnies britanniques, et que la révolution
industrielle a commencé en Grande-Bretagne au milieu du 18ème
siècle. En réalité, de par plusieurs études historiques menées sur ce sujet,
les revenus de l’industrie négrière ont été trop faibles pour avoir financé une
grande part des premiers investissements capitalistes. De même, les principales
régions de destinations des esclaves (Brésil, Antilles, Sud des USA) n’ont pas
été les poumons du développement capitaliste aux Amériques au XIXème siècle.
Les partisans du capitalisme libéral rejetteront donc l’idée que l’esclavage et
la traite aient un véritable rapport avec le capitalisme, d’autant que le
principe même de l’esclavage est en contradiction avec les principes politiques
élémentaires du libéralisme (à commencer par le droit à disposer de son propre
corps, ou habeas corpus).
En
réalité ce refus ne tient pas, d’une part parce que le libéralisme n’est qu’une
possibilité (et relativement tardive en fait) du capitalisme, que celui-ci est
un système économique bien avant d’avoir des principes politiques. Mais aussi
parce que le fonctionnement même du commerce négrier, quel qu’ait été son
apport au développement du capitalisme mondial, fait appel aux notions de bases
du capitalisme. La navigation transatlantique –et les risques de pertes inclus-
a largement stimulé la naissance de l’activité financière, et le développement
des systèmes de parts de capital (le capital d’un armateur était partagé entre
divers créanciers pour éviter un risque de faillite totale en cas de naufrage).
La main-d’œuvre salariée (ou rémunérée pour la vente de sa force de travail)
existe, ce sont les marins et négriers (les esclaves étant la marchandise), et
l’armateur et ses financiers, espérant la réalisation d’un profit sur leur
travail, sont les capitalistes. En revanche, le planteur lui-même (par exemple
le propriétaire d’une exploitation de canne à sucre aux Antilles, donc acheteur
d’esclaves) n’était pas forcément lui-même à la recherche de profit, juste du
maintien de son exploitation. Donc il n’est pas forcément un capitaliste.
L’armateur et ses financiers, en revanche, en sont, et la traite et ses
conséquences humaines intègrent donc directement le bilan du capitalisme.
II.9 Quels sont les causes et les
bilans des guerres anticommunistes ?
Les anticommunistes désigneront
toujours les forces bolchéviques, « communistes » ou plus ou moins
rouges comme responsables des guerres telles que la Guerre civile russe
(1918-1921), de la guerre civile chinoise (depuis les années 20 à 1949), de la
guerre civile grecque (1947-1949), des guerres civiles en Angola et Mozambique,
de la guerre de Corée (1950-1953)… Il ne s’agit nullement de contester que
certaines guerres (telles que la guerre de Corée ou celle de Grèce) aient pu
être déclenchées par les états du bloc de l’Est ou un parti communiste. Mais
les plus graves de ces conflits ont des causes plus complexes. En fait, la
guerre civile russe est loin d’avoir été déclenchée par les bolcheviks, qui,
lorsqu’elle débute au printemps 1918,
n’ont pas entamé de campagnes de terreur massive (le Livre Noir du
Communisme lui-même ne date la première qu’en Septembre 1918), et ne disposent
que d’une force militaire très faible pour un territoire aussi grand que celui
de l’ex-empire tsariste. La guerre civile sera de fait largement déclenchée par
les russes blancs, avec l’appui des forces allemandes, puis de plusieurs pays
occidentaux. En Chine, jusqu’à 1927, le Parti Communiste chinois est allié du
Kuomintang, le parti nationaliste de Tchang-Kaï-Chek. Cette année-là, les
nationalistes rompent l’alliance, et écrasent les communistes à Shanghai. Les
communistes sont donc loin d’avoir l’initiative de ces guerres qui vont faire
plusieurs millions de morts (jusqu’à 11 millions en Russie, combats, faim et
épidémies inclues, avant même la famine de 1921).
La guerre du Vietnam a aussi été
largement présentée comme la défense des alliés des démocraties occidentales
(dont le Vietnam du Sud, lui-même une dictature) contre l’invasion communiste.
Et jamais comme une entreprise des vietnamiens communistes et indépendantistes
du Viêt-Cong et du Nord-Vietnam de reconquérir la moitié Sud de leur territoire
national, qui leur avait été amputée au Traité de Genève de 1954, fait qui
n’aurait jamais eu lieu sans l’intervention coloniale française de 1946. La
« théorie des dominos » invoquée par les USA (si les communistes
prennent le Sud-Vietnam tombe, toute l’Asie du Sud tombera) a non seulement une
base fausse, mais a mené à justifier une guerre qui fit près de 5 millions de
morts au Vietnam, au Laos et Cambodge, ouvrant dans ce dernier pays la voie aux
Khmers Rouges…
Il ne s’agit en aucun cas de nier les
atrocités massives commises par les bolcheviks, le Parti Communistes Chinois, les
Viêt-Congs ou le Nord-Vietnam dans ces guerres, mais les millions de morts
qu’elles ont totalisées relèvent aussi largement des initiatives des
anticommunistes (et notons sur ce point que le clivage
communiste/anticommuniste est plus pertinent que le clivage Occident/Reste du
monde, la plupart des forces anticommunistes de ces guerres ayant été russes,
chinoises, ou indochinoises).
II.10 Quel est le bilan humain du
capitalisme ?
Voir le fichier « V. Le
site noir du capitalisme ».
Les partisans de l’économie de marché
et du capitalisme affirment, à grand renforts de faits que nous ne nierons pas,
que la misère humaine des pays dits du « Tiers-Monde » n’est due qu’à
une absence ou un insuffisant développement du capitalisme dans ces pays, et
même à un trop grand « socialisme » (confondant allègrement toute
intervention étatique dans l’économie avec du socialisme, cf. la question
III.4). Même s’il est très vrai que ces pays sont imparfaitement capitalistes
(tout comme l’ont été les pays d’Asie orientale, tels que la Corée du Sud,
Taïwan, la Malaisie ou la Thaïlande, eux-mêmes protectionnistes et dotés jadis
d’entreprises nationales), cela n’empêche nullement que la mortalité dans de
nombreux pays aurait pu être nettement plus basse, même avec un revenu national
faible. Plusieurs pays, même pauvres, ont montré qu’avec des revenus somme
toute faibles, on peut porter l’espérance de vie humaine à plus de 70
ans : Cuba ou l’état indien du Kerala sont dans ce cas. La Chine a, du
temps du maoïsme, elle-même fait de très grands progrès pour allonger la vie
humaine. D’autres pays, capitalistes dans leur ensemble, ont amélioré leur
situation par une intervention publique en matière de médecine préventive plus
forte. A l’inverse, plusieurs grands pays, tels que l’Inde, le Brésil ou
l’Afrique du Sud, parfois plus riches que leurs voisins directs, ont ainsi
accumulé des millions de morts évitables, qui n’apparaîtront jamais dans un
bilan de guerre, de famine ou de répression politique. Ainsi, les promesses du
libéralisme en termes de progrès humains qui découleraient de la croissance
économique peuvent en fait largement être obtenues avec les revenus actuels,
par l’introduction ou le renforcement de structures publiques, de travailleurs
de la santé et de l’éducation financées par l’état, supposant donc la
collectivisation de davantage de revenus.
Au final, c’est chaque année
plusieurs millions de décès qui pourraient être évitées chaque année. Au début
de leur existence, les pays du bloc de l’Est ont fait reculer leur mortalité
selon un rythme rarement atteint dans l’Histoire. Ensuite, à partir des années
60, en URSS notamment, la situation sanitaire n’a quasiment fait que se
dégrader. Et le retour de ces pays dans le giron du capitalisme n’a fait
qu’aggraver profondément la situation des pays tels que la Russie ou l’Ukraine.
III.
C’est quoi le Communisme ?
Voir le fichier « III. Ce
qu’est le Communisme ».
III.1 Quelle est la différence entre
socialisme et communisme ?
Dans la scène politique française (et en Europe aussi, principalement
dans les pays latins), on distingue les partis « communistes » et
« socialistes ». Les partis communistes étaient pourtant liés à l’URSS,
qui, par son nom-même (Union des Républiques Socialistes Soviétiques) se disait
« socialiste ». Il faut donc préciser deux différences.
Dans le sens soviétique, le
socialisme est l’étape où la classe ouvrière s’est emparée de l’état, qui
planifie alors l’économie en vue de consolider la révolution et de générer
l’abondance économique. Le communisme est l’étape où il n’y aura plus besoin
d’état pour administrer le pays, les travailleurs s’autogéreront (ce qui crée
l’opposition avec les anarcho-communistes, qui veulent supprimer l’état dès le
début de la Révolution).
Dans les démocraties occidentales,
où la rupture entre socialistes et communistes s’est faite suite à la Première
Guerre Mondiale (où la plupart des partis socialistes avaient décidé de collaborer
à la politique de guerre de leurs gouvernements respectifs), on a appelé
communistes ceux qui voulaient suivre l’exemple de la révolution bolchevique,
et socialistes ceux qui refusaient ce modèle, en raison de sa nature
dictatoriale, et préféraient changer la société par la voie démocratique. Dans
la réalité, les communistes (le PCF) ont participé aux élections tout autant
que les socialistes (la SFIO puis le PS en France). Dans les pays d’Europe du
Nord, les socialistes ont abandonné progressivement la référence au marxisme
pour passer à la social-démocratie (c’est-à-dire une idéologie où l’on ne remet
plus en cause le capitalisme et la propriété privée, et où l’on souhaite un
arrangement de la répartition des revenus par des mesures fiscales et de
redistribution).
Pour éviter des malentendus, voici
les positions de l’auteur du site : au début du XXème siècle, du point de
vue des idées, j’aurais plutôt été socialiste que communiste, mais au niveau
des actes, de par la nécessité de se battre contre les gouvernements
responsables de la guerre de 1914, et de soutenir l’URSS en 1941, j’aurais
plutôt été proche du PCF. Aujourd’hui, ce parti, dont je suis membre, est à
peine autant socialiste que les socialistes des années 20. Quant au
« communisme » vu comme la société sans état et autogérée, je n’y
crois tout simplement pas. Je suis donc « socialiste » au sens que ce
terme avait dans les années 20, et communiste car, ne croyant pas à la société
sans état, je ne fais plus de différence entre le communisme et le socialisme
authentique.
III.2 Le Communisme, c’est l’URSS, la
Chine, la Corée du Nord, non ?
On ne peut pas réduire une idéologie
à un ensemble de pays qui l’ont prétendument appliqué. Par exemple, en URSS,
dans les pays conquis par celle-ci (Mongolie, Europe de l’Est de la RDA à la
Bulgarie, Corée du Nord), en Chine, en Yougoslavie ou Albanie, c’est un
communisme se réclamant du marxisme qui était censé être en application. Ces
régimes se présentaient comme des régimes de la classe ouvrière, du prolétariat
au pouvoir. Or, la réalité fut, pour l’ensemble de ladite classe ouvrière,
l’accès à une quelconque forme de démocratie, une liberté d’expression fort
limitée, et l’impossibilité d’influer sur les choix du pouvoir en place. On
peut éventuellement interpréter ces régimes comme la conséquence de la théorie
léniniste de l’avant-garde révolutionnaire que serait le Parti, régnant au nom
de la classe ouvrière, mais de toute façon, on ne peut pas parler d’états
ouvriers, furent-ils « dégénérés ».
Ce qu’il faut comprendre en
premier lieu, c’est que le communisme est une politique, pas un régime. Le
communisme est l’ensemble des politiques qui vont dans le sens de la mise en
commun des moyens de production, donc de la fin des revenus du capital, du salariat
exploité par les capitalistes, etc… Mais ce n’est pas du tout l’ensemble des
régimes qui se revendiquent communistes, et de leurs actes. Par exemple,
lorsque la Chine « communiste » privatise des entreprises, ce n’est
pas du communisme (assez évident à comprendre). A l’inverse, lorsqu’un état
démocratique tel que la France, le Royaume-Uni, l’Italie d’après-guerre ou le
Portugal après 1974 nationalisent des entreprises, c’est une politique qui va
dans le sens du communisme.
Ce dernier point sera contesté par
les purs du marxisme-léninisme (ML), qui considère que tant qu’un état est
dominé par les capitalistes et les partisans du capitalisme (« la
bourgeoisie »), une nationalisation n’a rien à voir avec le communisme. Je
conteste ce point de vue : un état démocratique, c’est-à-dire dont le
pouvoir peut être renversé par une élection, même s’il reste dans l’ensemble un
pays capitaliste, peut appliquer sur un domaine particulier une politique
socialiste. Ce que les ML n’arrivent pas à comprendre, c’est la différence
entre un pays où, lorsqu’une entreprise publique ne fonctionne pas, les
citoyens peuvent faire tomber le gouvernement (même si c’est pour le remplacer
par un autre gouvernement « bourgeois ») et un pays où les citoyens,
prolétaires ou pas, n’ont pas ce droit (comme jadis en URSS).
C’est pour cela que je considère
que la France d’après-guerre, qui a eu jusqu’à un tiers de son économie
collectivisée (administrations + entreprises publiques, dont l’apogée à eu lieu
vers 1985), a été au tiers socialiste, tandis que l’URSS l’a été à
0% faute de démocratie.
III.3 L’URSS
n’était-elle pas une révolution démocratique, au départ, qui aurait été dévoyée
par Staline ?
En effet, contrairement à ce que
soutiennent les thèses trotskystes, on ne peut même pas parler d’une démocratie
ouvrière soviétique qui aurait eu lieu aux débuts de la révolution de 1917 et
qui se seraient effacée suite à la guerre civile et à la
« contre-révolution bureaucratique stalinienne » dans la seconde
moitié des années vingt. La révolution a son prélude en Septembre avec la
conférence des délégués de soviets – conseils de travailleurs ou de soldats- à
Petrograd (Saint-Pétersbourg), puis commence avec la prise du pouvoir effective
fin Octobre 1917 (dans le calendrier Julien, Novembre dans le nôtre). La
« majorité » bolchevique aux congrès des délégués de soviets ne
prouvait pas grand-chose, puisque les soviets donnaient une image déformée du
pays (à l’avantage des villes notamment). Ensuite, la simple lecture des débuts
de la révolution bolchevique (par exemple la dissolution en Janvier 1918 de
l’Assemblée Constituante élue en Décembre 1917, véritable élection générale où
les bolcheviks n’avaient eu qu’un quart des voix, et l’élimination progressive
des tendances autres que bolchéviques et alliées dans les soviets) montre que
l’URSS est née dans la confiscation du pouvoir démocratique, et que c’est
l’intensité de la répression qui a varié ensuite, pas la nature du régime.
III.4 Le Communisme, c’est tout à
l’Etat, non ?
Non, le Communisme c’est la propriété collective des
moyens de production. Concrètement, cela peut être un système où les
entreprises dépassant une certaine taille (par exemple 50 salariés), ou celles
qui font aujourd’hui partie d’un groupe étendu, appartiendraient à l’ensemble
des personnes exerçant une profession salariée ou une profession tout court, et
dont le contrôle reviendrait à leurs représentants.
Lorsqu’un état possède des
entreprises, mais que cet état n’a aucune responsabilité devant sa population,
alors il ne peut en aucun cas s’agir de communisme. Or, les médias, les
historiens, économistes, ou autres commentateurs de toute sorte parlent très
souvent de « pays communistes », en se référant uniquement au nom que
ces régimes se donnaient, et nullement en pensant – dans la plupart des cas- au
fait que pour parler de communisme, il faut qu’il y ait propriété collective,
et donc souveraineté populaire. Un état communiste ne peut être par nature
dictatorial, ou du moins pas pour toute la population (cf. La question sur la
dictature du prolétariat).
Les anticommunistes qui ont
compris cette prétention à la souveraineté collective répondent souvent que
l’instauration de celle-ci ne peut mener en réalité qu’à la dictature
politique. Mais dans la réalité historique, c’est toujours la dictature
politique qui a précédé l’instauration d’une économie planifiée et les
nationalisations, que ce soit en URSS, en Chine, et dans tous leurs satellites.
Or, on ne peut mettre la cause après la conséquence : si la socialisation de
l’économie vient après la dictature, alors le socialisme ne cause pas la
dictature.
III.5 Le Communisme et le marxisme,
c’est pareil, non ?
Historiquement, non. Déjà, Karl
Marx, en écrivant le Manifeste du Parti Communiste en 1848, le faisait à la demande
de la Ligue des communistes (le terme lui est donc antérieur, et probablement
antérieur de plusieurs décennies). Dans les idées, le projet d’une société de
mise en commun des biens avait déjà été évoquée par plusieurs auteurs :
Platon sous la Grèce antique (sixième siècle avant JC), Thomas More en écrivant
l’Utopie au début du 16ème siècle, et plusieurs expériences de cités
idéales, notamment lors des révoltes paysannes en Allemagne au même siècle.
Le communisme est la propriété
collective des biens, ou encore des biens de production (car mettre en commun
les chaussettes et les tondeuses n’a pas grand-intérêt, au contraire des usines
ou des entreprises de service). Le marxisme est une théorie décrivant le
capitalisme, ses cycles, ses contradictions, la lutte des classes, et au final
l’effondrement du capitalisme et la prise du pouvoir par le prolétariat. Le
marxisme est aussi une méthode d’analyse de la réalité matérialiste,
c’est-à-dire qui considère que ce sont les circonstances matérielles concrètes
qui déterminent les idées, et non les idées, venues de nulle part, qui
façonnent la réalité (ce qu’on appelle l’idéalisme). Un exemple concret :
un idéaliste pense que l’idée de démocratie s’est répandue parce que plein de
gens trouvaient ça beau. Un marxiste pense que la démocratie a germé parce
qu’elle correspondait aux intérêts des capitalistes (notamment à la fin du 18ème
siècle) dont les intérêts n’étaient pas ceux de la noblesse féodale, et que ces
idées démocrates, en mettant à terre l’Ancien Régime, ont permis de passer d’un
régime féodal à un régime « bourgeois » (avec, au passage, une démocratie réservée aux hommes disposant
de certains revenus).
L’auteur de ce site accepte certaines
idées marxistes (le matérialisme, la constatation de l’exploitation
capitaliste, l’existence de la lutte des classes), mais pas l’idée que toute
l’histoire repose sur la lutte des classes (les affrontements entre nations et
religions ne sont pas réductibles aux clivages de classe, par exemple), ni à
l’idée que l’effondrement du capitalisme serait inéluctable, et qu’à la
démocratie capitaliste devrait succéder le pouvoir d’une seule classe sociale,
fut-ce la classe ouvrière.
Ces objections ne remettant pas en
cause le communisme, il y a donc communisme marxiste et non marxiste. Il y a
aussi des penseurs (en sociologie notamment) qui reprennent des idées marxistes
(matérialisme, classes et luttes de classes…) et ne partagent pas les
conclusions communistes de Marx.
III.6 Le Communisme n’exige-t-il pas
la dictature du prolétariat ?
Comme nous l’avons vu, le prolétariat est une classe de gens
qui vivent en vendant leur force de travail (ils sont salariés, donc, ou
tentent de l’être s’ils sont chômeurs), et qui disposent de peu de capital, et
n’en vivent pas en tout cas.
La dictature du prolétariat est
donc un régime où seule cette classe (ou du moins ceux qui étaient prolétaires
au temps du capitalisme) auront accès à une forme de démocratie (droit de vote
et d’être élu). Les anciens capitalistes (ceux qui disposaient de revenus du
capital – au-delà d’une certaine valeur vu que des millions de gens disposent
de titres de capital aujourd’hui, comme vu plus haut), ou les non exploités
(fonctionnaires, professions libérales, inactifs) seraient donc exclus de ce
régime.
(Au passage, pour les marxistes,
le prolétariat est à lui seul le Peuple,
et par la dictature du prolétariat, il bénéficie de la démocratie, tout en
imposant sa dictature aux autres classes : c’est l’origine de l’expression
biscornue de dictature démocratique du
Peuple que vous retrouverez sur les sites staliniens et maos du Web)
La justification de la dictature
du prolétariat résiderait, dans l’optique marxiste, dans la nécessité de mettre
fin à la dictature de la bourgeoisie : en effet, selon les marxistes, nos
démocraties actuelles sont de fausses démocraties, les partis et médias étant
de près ou de loin financées par les puissances d’argent du secteur privé (par
exemple des amis du président Sarkozy tels que Lagardère ou Bolloré) ou
mi-privé-mi-public (tels Dassault dont les entreprises vivent des commandes du
ministère de la Défense). La dictature du prolétariat serait, pour les
marxistes, un moyen de combattre l’influence des capitalistes (dont on suppose
que le pouvoir financier ne serait pas immédiatement démoli), en les privant de
participation démocratique, en leur interdisant de financer des journaux ou
chaines privées par exemple.
En soi, la dictature du
prolétariat n’est pas un système totalitaire : même dans une démocratie
réservée aux prolétaires, il peut y avoir des oppositions, des divergences, des
luttes de personnes, des points de vue différents exprimés. Un régime
totalitaire serait au contraire un système ou aucune opposition ne serait
tolérée.
Cependant, la nécessité de la
dictature du prolétariat n’est pas évidente. Pour l’auteur de ce site, une
démocratie à base universelle (tous les adultes votent) reste de loin un
système préférable à un système où il faudrait trancher parmi les travailleurs
quels sont ceux qui sont plus ou moins capitalistes. On en arriverait à
désigner tel salarié comme capitaliste parce qu’il aurait détenu un peu plus
d’actions que ses collègues qui seraient restés, eux, des
« prolétaires ». L’abolition du système de la propriété privée et des
revenus du capital doit rester la base du communisme, et la contestation
–fut-elle de droite- conserve toute sa place, ne serait-ce que pour éviter au
système de dériver.
III.7 Quels sont les différents
courants du Communisme / Socialisme?
-
Avant
que Marx ne commence à être lu en Europe, des socialistes dits
« utopiques » ont écrit ou tenté de réaliser des
expériences socialistes (comme celles de l’industriel anglais Owen) qui
prônaient des sociétés de mise en partage des biens, mais sans se baser sur une
épaisse analyse des contradictions des classes sociales, ni une analyse
économique du capitalisme. Parmi eux on trouvait, outre Owen, Fourier et
Saint-Simon. Même s’ils sont lus encore aujourd’hui, ils n’ont pas engendré de
courant politique non négligeable ;
-
Karl
Marx a au contraire laissé une grande œuvre d’analyse économique, historique et
philosophique, a fondé la 1ère Internationale en 1867, qui s’est
divisée rapidement entre les marxistes, ceux qui suivaient la ligne de Marx
(c’est-à-dire promouvoir la prise de contrôle de l’Etat par la classe ouvrière)
contre les anarchistes ;
-
Les
anarchistes ou anarcho-communistes, dont Bakounine, se sont opposés
dans la 1ère Internationale à l’idée d’un état socialiste, préférant
la destruction immédiate de l’appareil d’Etat. La première internationale se
déchirera, une seconde naîtra ensuite pour se disloquer en 1914 ;
-
Lénine
participe à la diffusion des idées marxistes dans l’Empire russe, formule des
théories telles que celles de l’avant-garde, du parti-guide des masses composé
de révolutionnaires professionnels. Après la révolution de Février 1917, qui
remplace le régime du Tsar par « la République de Russie », il est à
la tête du parti bolchevik lorsque celui-ci arrive majoritaire au congrès des
soviets de Russie en Septembre 1917 puis prend le pouvoir en Octobre 1917. Ceux qui, en Europe et dans le monde,
rejoignent sa ligne de révolution de classe contre les états impérialistes à
l’origine de la 1ère Guerre Mondiale rallient la 3ème
internationale. Ils sont alors qualifiés de léninistes ;
-
Les
membres de l’ancienne 2de Internationale qui n’ont pas voulu rejoindre la 3ème
par refus de cautionner le régime mis en place par Lénine, mais aussi par refus
de condamner l’attitude des partis socialistes européens qui ont collaboré à la
guerre mondiale. Ils deviennent alors les socialistes (se proposant
d’arriver au socialisme par la voie démocratique), puis abandonneront la remise
en cause du capitalisme et de la propriété privée pour devenir les sociaux-démocrates (en Allemagne dans les années 50, en France de fait dans les
années 80);
-
L’arrivée
au pouvoir de Staline en URSS (1924) est l’occasion d’un affrontement entre
plusieurs tendances parmi les bolcheviks : ceux qui suivent la ligne de
Staline (ou qui ont intérêt à le faire) et plusieurs oppositions dont la plus
célèbre sera celle de Trotski. Les divergences portent sur la réalisation de
l’économie planifiée en URSS, et l’extension de la révolution dans d’autres
pays d’Europe. Staline lancera une « collectivisation » et une planification
industrielle rapide dans le cadre de la seule URSS dès la fin des années 20.
Ceux qui suivent a ligne se qualifieront, non pas de staliniens,
mais de marxistes-léninistes (considérant que les partisans de Trotski ne sont
ni léninistes ni marxistes);
-
A
l’inverse, ceux qui suivent la ligne de Trotski (c’est-à-dire quelques
opposants en URSS, plus rares encore après l’expulsion de Trotski en 1928, et
quelques partis en Europe), qui veulent internationaliser la Révolution, et
prétendent contester la violence du régime stalinien (en faisant fi des
exactions commandées par Trotski pendant la guerre civile russe de 1918-1921),
se qualifient eux-mêmes de marxistes ou de léninistes (pas de
marxistes-léninistes, pour ne pas être confondus avec les staliniens), mais sont
souvent appelés trotskystes. Vous l’aurez deviné, les
trotskystes et les staliniens s’appellent eux-mêmes marxistes/léninistes ou
marxistes-léninistes car ils passent leur temps à se reprocher mutuellement
d’être anti-marxistes et anti-léninistes ;
-
Après
la mort de Staline, Khrouchtchev entame la déstalinisation, c’est-à-dire une
remise en cause de la concentration de l’économie planifiée et de la violence
et du culte de la personnalité du régime stalinien (en fait, aucun de ces
phénomènes ne disparaîtra complètement en URSS). Ceux qui restent fidèles à
Staline qualifieront les khrouchtchéviens et leurs successeurs de révisionnistes
(en fait, le révisionnisme désigne toute remise en cause non insignifiante des
théories de Marx, Lénine et Staline – ou qui leurs sont attribuées ; le
révisionnisme, dans les idées, à donc commencé dès la fin du XIXème
siècle) ;
-
Le
régime chinois de Mao (arrivé au pouvoir suite à une longue guerre civile, en
1949), prend ses distances avec l’URSS dès la fin des années 50. Le maoïsme,
c’est-à-dire un marxisme intégrant –contexte chinois oblige- la paysannerie
comme l’un des piliers de la Révolution, se distingue alors plus nettement en
tant qu’idéologie. Une idée courante, notamment pendant les années 60 où le
maoïsme fera fureur parmi la jeunesse branchée, aura été de croire que le
maoïsme serait une forme de marxisme / stalinisme « pragmatique »,
alors qu’en réalité, l’utopisme du régime chinois aura coûté des (dizaines de)
millions de morts par la faim au pays. Les maoïstes (en fait très peu nombreux
à réellement s’engager comme tels) dans les autres pays que la Chine se
distingueront par leur refus des élections, de la vie démocratique légale, leur
sur-utilisation du terme « fasciste/fascisme » pour désigner tout ce
qui ne va pas dans leur sens, et une fascination générale pour les mouvements
de lutte armée refusant toute négociation (tel le parti de Gonzalo –dit
« Sentier Lumineux »- au Pérou). Pas avares de noms ridicules, les
maoïstes s’appellent eux-mêmes partisans du « marxisme-léninisme-pensée
Mao Zedong » ;
-
On
note d’autres courants s’inspirant de tel ou tel régime, par exemple, ceux qui
sont staliniens mais rejettent tel ou tel élément du maoïsme (par exemple le
fait que la Chine et les USA aient dégelé leurs relations en 1972), se
raccrochent au dictateur isolationniste albanais Enver Hodja (qui a fait de
l’Albanie un pays autarcique, en rupture de relations avec le reste du monde –
Corée du Nord exceptée - après la victoire politique de Deng Xiaoping en Chine
en 1978). Les hodjaïstes semblent très peu nombreux (je n’en
connais qu’un de langue française).
Pour résumer, un petit tableau retraçant l’évolution et l’apparition de
ces courants. Parmi les filiations symbolisées par des flèches, certaines sont
des reniements (comme le révisionnisme par rapport au stalinisme).
IV.
Comment expliquez-vous les
« crimes du Communisme » ?
Voir le fichier
« IV. L’Anti-Livre Noir du Communisme ».
IV.1 Le Communisme peut-il être
démocratique ?
C’est normalement inclus dans sa
définition, ne serait-ce que pour les prolétaires. Or, me direz-vous, ce n’a
été le cas d’aucun des pays dudit « Bloc de l’Est » (l’URSS, la
Chine, le Vietnam, la Yougoslavie,
l’Albanie, et huit satellites de l’URSS, de la RDA à la Corée du Nord),
sans compter une flopée d’états « marxistes-léninistes » en Afrique,
des pays du « socialisme arabe » (l’Iraq, la Syrie, le Yémen du Sud)
et Cuba.
Il est nécessaire de rappeler que
1) dans tous ces pays, la dictature a été antérieure à l’application des
politiques socialistes (nationalisations, réforme agraire, planification…), et
2) que ces régimes sont tous apparus dans un contexte de guerre, civile ou
internationale. Et suite à une guerre civile ou une invasion, les vainqueurs
suppriment généralement la démocratie (cas de l’Espagne en 1939, des invasions
coloniales, du coup d’état pinochetiste de 1973 au Chili ou de Suharto en 1965
en Indonésie…). La raison en est simple : on ne joue pas aux urnes le
pouvoir que l’on a acquis par les armes, au prix de lourdes pertes, et surtout
si l’on n’est pas sûr de vaincre. Et ceci est indépendant de l’idéologie que
l’on défend. Le cas de la Chine, où la
dictature se maintient malgré le démantèlement du « socialisme » chinois,
illustre que cette dictature n’est pas liée au projet socialiste/communiste.
IV.2 Le Communisme consiste-t-il à
tuer des « bourgeois » ?
Non, il a pour but de socialiser leurs propriétés.
L’un des arguments favoris des anticommunistes consiste à dire que le
communisme veut exterminer des capitalistes comme le nazisme extermine les
« races inférieures ». C’est une escroquerie, car le nazisme se basait sur des thèses génétiques qui
faisaient qu’un juif restait juif de sa naissance à sa mort, tandis que pour un
communiste, marxiste ou pas, un capitaliste cesse de l’être dès qu’il perd sa
propriété.
A titre d’exemple, lorsque le
gouvernement français nationalisait Renault en 1981, il n’en a pas pour autant
fait subir à la famille Renault le sort de la famille Romanov [massacrée en
1918 par les bolcheviks]. De manière générale, on ne prouvera le caractère
meurtrier du communisme que lorsqu’on aura montré que toute nationalisation
revient à tuer des gens. Or de nombreux contre-exemples existent. A l’inverse,
une politique raciste (ou fasciste, ou nazie) démocratique peut difficilement
se concevoir…
IV.3 Le Communisme n’est-il pas
responsable de la mort de 100 millions de personnes ?
Ce chiffre n’a aucune signification. Il
est la somme des victimes politiques (exécutions, morts de mauvais traitements
dans des camps,…), économiques (morts de faim, de froid, d’épidémies), ou de
guerre (pertes civiles et militaires) de régimes très différents. Les
« 100 millions de morts » sont en fait les 40 à 70 millions de
victimes imputables au régime de Mao Zedong (1949-1976), les 15 à 20 millions
imputables à Staline (1924 – 1953), plus le régime des khmers rouges (deux
millions de morts de 1975 à 1979), celui de la Corée du Nord (au moins 1.5
millions de morts de la guerre de Corée de 1950-1953, plus au moins des
centaines de milliers de morts dus à la faim et aux déportations du régime
nord-coréen). Ce chiffre a permis la comparaison avec le régime nazi (le régime
hitlérien est responsable de la mort de 40 millions de personnes de 1939 à
1945). Mais bien d’autres régimes et gouvernements ont appliqué des politiques
relevant du socialisme ou s’en revendiquant, et n’ont pas du tout le même
bilan. Les régimes de RDA, de Tchécoslovaquie ou de Cuba n’ont pas de bilan
« génocidaire » (des milliers d’exécutions sans doute, ce qui ne fait
pas un génocide, et n’a rien de comparable avec le nazisme). Nombre de
gouvernements socialistes européens ont procédé à des nationalisations sans
aboutir à la mort de qui que ce soit.
Il y a des millions et des dizaines
de millions de morts des régimes de Staline, de Mao, de Pol Pot ou de la
dynastie coréenne Kim, mais pas dans la majorité des régimes de
« démocratie populaire ». Il faut bien avoir en tête qu’un
contre-exemple suffit à détruire une théorie, et donc l’affirmation
« Communisme = millions de morts » a donc déjà été invalidée à de
multiples reprises.
Mais surtout, rappelons que le
socialisme est un type de politique et non un club de régimes, qu’il n’y a pas
de socialisme là où il n’y a pas de souveraineté du peuple (ou démocratie). A
ceux qui nous demandent comment on peut encore être communiste avec ce qui
s’est passé à l’Est, nous devons répondre que nous sommes communistes en raison
de ce qui existe et existera en France.
IV.4 Le Communisme n’est-il pas
responsable des plus grandes famines de l’Histoire ?
Plusieurs grandes famines ont eu lieu dans plusieurs états
« communistes » (mais pas tous, loin de là !). En URSS en 1921
et 1933 (et moins intensément en 1947), en Chine en 1959-1961, en Corée du Nord
en 1998 (et probablement aujourd’hui), en Ethiopie en 1984, sans parler du
Cambodge de Pol Pot où la famine fut une constante entre 1975 et 1979.
Ces famines sont présentées par les anticommunistes comme les
conséquences de la collectivisation agricole. A tort. Déjà, sur le fond, la
« collectivisation » stalinienne n’était pas le regroupement de
paysans dans des ensembles autonomes (rien à voir avec les kibboutz israéliens
par exemple), mais leur regroupement forcé pour mieux prélever leur production
agricole. Et l’origine des famines fut généralement les surréquisitions, même
si ce n’en était pas forcément l’unique cause (ainsi l’historien américain Mark
Tauger a-t-il, dans ses recherches, abouti à la conclusion que la famine de
1932 en Ukraine aurait aussi des causes naturelles, et le maintien –même
allégé- des prélèvements agricoles aurait précipité la famine) en privant les
paysans à la fois de nourriture et de semences. Or la surréquisition n’est
nullement un prolongement logique de la collectivisation. Accablerait-t-on des
exploitations privées d’impôts que l’on arriverait au même résultat !
C’est d’ailleurs ce qui s’est passé en Russie en 1921, où les réquisitions
bolcheviques ont sans doute alourdi le bilan de la famine, mais alors que la
collectivisation n’avait pas eu lieu (elle commencera à la fin de la décennie).
En Chine, la grande famine de 1959-1961 (de 20 à 40 millions de morts) est
aussi due à une série de grands travaux délirants imposés par le régime aux
paysans, et de réquisitions calculées sur des objectifs de production tout
aussi délirants.
A l’inverse, plusieurs pays ont « collectivisé » leur
agriculture et n’ont jamais eu de famines (RDA, Tchécoslovaquie, Bulgarie,…) et
même l’URSS et la Chine ont connu des décennies d’agriculture
« collectivisée », avec une productivité très médiocre et des
gaspillages énormes, mais sans famines et avec une forte croissance de la
population et de sa longévité (qui progressait en Europe de l’Est jusque dans
les années 60). Dans un pays en famine, la population n’augmente pas.
Une véritable collectivisation aurait soit laissé aux travailleurs des
fermes collectives le libre choix de leur production et de leurs échanges, soit
ne leur aurait imposé qu’un plan voté par un parlement élu. Parler de
« famines de la collectivisation » est une escroquerie de plus.
V.
Que penser du bilan des économies
« communistes » ?
V.1 Le Communisme, économiquement,
n’a-t-il pas été une gigantesque catastrophe partout où il a été
appliqué ?
Ce genre d’affirmations, comme les
« 100 millions de morts » n’a pas de sens, car elles recouvrent des
réalités qui n’en rien à voir entre elles. Passons sur le cas des structures de
propriété publique/collective dans les pays démocratiques, qui sont seules à
pouvoir être nommées socialistes : nul ne peut contester, pour le cas de
la France, que la production électrique fournie par EDF, la production de
transports ferroviaires fournie par la SCNF, et la production générale des
entreprises publiques aient connu une forte progression en quantité et qualité
depuis la fin de la seconde guerre mondiale, et qu’elles aient accompagné la
croissance générale des économies occidentales (qui se seraient difficilement
passé d’un service performant en électricité, trains, postes…). Plusieurs pays
européens (France, Royaume-Uni, Portugal, Italie, Grèce…) se sont dotés d’un
secteur d’entreprises nationalisées au lendemain de la seconde guerre mondiale,
ou après 1974 pour le Portugal et la Grèce. Dans certains cas, la croissance
économique de ces entreprises a pu être inférieure à celle des économies
nationales, et donc ralentir en apparence la croissance (quoique les faits
puissent être plus complexes : une entreprise publique peut pratiquer des
tarifs bas et se mettre ainsi volontairement en situation de déficit afin que
ses clients, particuliers ou entreprises, bénéficient plus largement de ses
services à moindre coût, favorisant la croissance nationale, ce qui augmente
les recettes fiscales que la collectivité utilisera pour combler les déficits
de l’entreprise publique). Les pays en question ont souvent procédé à des
privatisations (nombreuses dans les années 90 en France), privatisations qui
correspondaient moins à un constat d’échec de ces entreprises qu’à une
nécessité de combler les déficits publics et de rembourser la dette nationale,
dette loin d’être imputable aux seuls déficits des entreprises publiques. D’une
manière générale, le secteur public n’a provoqué aucune catastrophe ou
effondrement national ponctuel dans les économies européennes, malgré des cas
particuliers (comme l’effondrement du Crédit Lyonnais en France).
Traitons ensuite le cas des économies
de type soviétique. Les pays d’économie planifiée ont incontestablement connu
une progression de leur production matérielle et de la condition de leurs
habitants. Cette amélioration peut se constater tant en termes de PIB par
habitant (même si une nette sous-productivité a empêché cet indicateur de
croître aussi vite qu’il aurait pu ; et cet indicateur n’en reste pas
moins contestable dans sa signification, cf. question II.3), en termes
d’espérance de vie (même si cette progression s’est interrompue dans les pays
est-européens à partir des années 70), en termes de population (la croissance
de la population est en soi un critère de développement, car un pays en famine
n’accroît pas sa population). Au début de la planification industrielle et
agricole soviétique (à partir de la fin des années 20), l’URSS connut des taux
de croissance apparemment très élevés, en contradiction avec la récession dans
le monde capitaliste. Outre la manipulation des chiffres dans les statistiques
soviétiques, la croissance soviétique était aussi largement quantitative, plus
que qualitative (on monte plus d’usines avec plus d’ouvriers, mais la
productivité par ouvrier augmente peu voire pas du tout). En comparant la
croissance des économies planifiées, s’essoufflant dès le début des années 70,
avec la croissance des nouveaux pays industrialisés d’Asie orientale (Taïwan,
Singapour, Corée du Sud…), on note un retard grandissant des économies
planifiées, ce qui ne contredit pas pour autant leur croissance en termes
absolus. En effet, les périodes de récession de la production dans les
économies planifiées ont été relativement rares : en URSS, pendant la
Seconde Guerre Mondiale, pour des raisons évidentes ; en URSS et Europe de
l’Est, au début des années 80, en Chine pendant la famine du Grand Bond en
Avant (1959-1961). Et bien sûr, en Europe de l’Est, URSS et Cuba à partir de
1989 (1991 pour l’URSS). Cette récession-effondrement finale des économies
planifiées est de fait due à leur démantèlement plutôt qu’à leur fonctionnement
ordinaire. Le bilan des économies planifiées est donc celui d’une croissance
nettement inférieure quantitativement et qualitativement à ce qui aurait pu
être fait, mais d’une croissance en biens, en population et en longévité sur la
majeure partie de l’histoire de ces économies.
V .2 Quel est le bilan
économique de l’URSS et de ses satellites ?
D’abord évitons les biais créés par
les différences de niveaux de prix des biens et services entre pays : les
prix (administrés) étant bien plus bas en URSS que dans les économies
occidentales, le revenu apparent de l’URSS était très bas. On a pu lire, sous
la plumes de journalistes hâtifs, des affirmations du genre « le produit
national de l’URSS était égal à celui des Pays-Bas », affirmations
absurdes en réalité. Il faut donc tenir compte de ces écarts de prix. En
comparant la Russie tsariste et les USA à la veille de la Première Guerre
Mondiale, on constatait déjà une très forte supériorité du produit national
brut américain, triple de celui de la Russie, dont la population était
nettement plus employée dans l’agriculture, et dont l’industrie était d’une
productivité bien inférieure. Soixante ans plus tard, au milieu des années 70,
alors que l’URSS avait connu deux guerres sur son sol (1914-1918, 1941-1945),
une guerre civile (1918-1921), et des sinistres massifs causés par le pouvoir
soviétique lui-même (famines de 1933 et de 1947), le produit national brut de
l’URSS était estimé à 40% de celui des USA. Il s’agissait là des meilleures
performances que l’URSS ait pu enregistrer. Il faut encore compter que, dans ce
revenu, la part qui était dédiée aux investissements (et donc retirée à la
consommation des particuliers) était nettement supérieure à ce qui existait aux
USA : la consommation, en termes de pouvoir d’achat, d’un soviétique était
estimée à l’époque au quart de celle d’un américain. Le contenu de cette
consommation était fort différent de celui des particuliers d’un pays comme la
France : la part affectée à l’alimentation était bien plus forte chez les
soviétiques, dont l’essentiel des frais de logement étaient assumés par l’Etat.
On peut donc dire, au niveau individuel, que l’économie soviétique, qui avait
déjà réussi à fournir un équipement militaire qui lui avait permis (avec l’aide
américaine) de vaincre l’assaut nazi, a aussi permis une progression de la
consommation des particuliers qui maintenait l’écart existant jadis entre les
USA et la Russie pré-révolutionnaire. A partir des années soixante –
soixante-dix, c’était même une ébauche de société de consommation qui
apparaissait dans le bloc de l’Est, vite freinée par la stagnation économique à
partir des années 70. Mais le rattrapage des économies capitalistes a été
manqué.
Au niveau collectif, et en passant
sur les désastres écologiques (assèchement de la mer d’Aral, vastes poubelles nucléaires,
pollution des sols et des eaux…), on peut constater aussi que l’économie
planifiée a créé une base industrielle importante, mais sous-productive. Le
bilan est ensuite variable selon les états : si les pays d’Europe de l’Est
ont opté vers une industrialisation à marche forcée, un pays comme Cuba s’est
enfermé dans la monoculture du sucre. L’un des grands désastres du passage au
capitalisme en Europe de l’Est aura été d’envoyer au rebut une partie de cet
arsenal industriel qui avait de grandes marges de progrès. La Chine, en
effectuant sa transition vers l’économie capitaliste, n’a pas supprimé (loin de
là) son secteur d’état, mais en a drastiquement réduit les effectifs salariés.
V.3 Quelles étaient les principales
tares des économies planifiées ?
Voir le fichier
« VI. Les causes de l’échec de l’URSS».
Il y a d’abord le fait que, comme le
notait l’historien Moshe Lewin, l’URSS ne savait pas planifier, mais changeait
couramment ses objectifs. Ensuite, de nombreuses pertes dans la distribution
des équipements, matières premières et personnels, dues à plusieurs
facteurs : l’imprécision de l’information des planificateurs, la lenteur
de réaction du système, la méconnaissance du degré de rareté des biens,
l’irresponsabilité des cadres. Des équipements lourds comme des stocks
agricoles pouvaient rester de longs mois dans des hangars ou silos avant que le
plan ne leur trouve une affectation correcte (ou pas), contribuant aux
résultats désastreux de l’agriculture soviétique. De façon cyclique, les
planificateurs décidaient de lancer de nouveaux projets d’investissements qui
avaient pour effet de disperser les ressources, de générer quantité de
chantiers inachevés, pendant que le reste de l’économie souffrait de la
privation de matériel et de personnel, engendrant alors des crises et parfois
des récessions. Aussi, il ne faut surtout pas croire que l’administration
soviétique avait réussi à créer un appareil de planification rationnellement constitué.
Il existait plusieurs dizaines de ministères de production en URSS, et souvent
plusieurs d’entre eux se partageaient une même filière industrielle, ce qui
compliquait plus encore les décisions, et accroissait le risque de projets
redondants. Le risque des pertes ou d’erreurs de livraison dans les différentes
industries amenait de nombreuses usines à internaliser leurs productions,
c’est-à-dire à réaliser elles-mêmes le plus grand nombre d’étapes de leur
filière dans une seule usine, créant encore plus de doublons dans la
production.
On entend aussi régulièrement des
argumentaires sur la démotivation des travailleurs, avec notamment l’exemple
courant des travailleurs des fermes collectives (kolkhozes), qui consacraient à
leurs terrains privés l’essentiel de leurs efforts, du fait de la rémunération
basse et fixe qu’ils recevaient en travaillant sur les terres collectives. Ces
faits ne doivent pas faire oublier que même en l’absence de stimulants
individuels, les travailleurs soviétiques, qui étaient aussi les consommateurs
souffrant des pénuries, avaient tout intérêt à lutter énergiquement contre elles.
Mais la centralisation du système, et surtout l’absence de démocratie et donc
de responsabilité des cadres, sapaient rapidement les initiatives de la base
qui tentaient de solutionner les aberrations du système.
V.4 Ces économies pouvaient-elles
faire autre chose que s’effondrer ?
On ne peut évidemment pas gloser sur
une histoire parallèle qui se serait déroulée en l’absence d’effondrement du
Bloc de l’Est. Notons seulement que d’un côté, les pays du bloc de l’Est
étaient entrés en stagnation depuis le milieu des années soixante-dix. Mais,
selon les statistiques des Nations Unies, ces économies ne connaissaient pas
généralement de récession jusque vers 1989, bien qu’il y ait eu une récession
en 1981 (atteignant son paroxysme en Pologne), et à l’exception de quelques
pays aux situations différentes (Yougoslavie, Roumanie). Dans les démocraties
populaires dont le régime s’effondre en 1989 (soit tous les régimes compris
entre la RDA et la Bulgarie), surviennent les premières vagues de réformes,
comprenant entre autres la libération des prix, qui met à jour toutes les
situations de pénuries existant dans une économie planifiée, et rompant tout le
système d’échange de l’économie. Les entreprises qui souffraient de difficultés
d’approvisionnement subissent dès lors la chute de leur clientèle. Et le
Comecon (alliance économique du bloc de l’Est) étant un système d’échanges
rigides, sa déliquescence transmet la crise à l’ensemble de ses membres, même à
ceux qui venaient d’entamer leurs réformes, puis au « grand frère
soviétique ». Mais, dans le cas de l’URSS, comme dans les démocraties
populaires, c’est le pouvoir politique qui s’effondre en premier lieu, avec
comme principal vecteur en URSS les proclamations d’indépendance successives
des républiques de l’Union, et la désorganisation complète du Plan. On ne saura
jamais si les économies de l’Est se seraient effondrées s’il n’y avait pas eu
le renversement des régimes en question. Mais ce sont ces renversements qui ont
précédé l’effondrement des économies, et non le contraire.
V.5 Les pays ex-soviétiques n’ont-ils
pas gagné, au final, à la transition vers le capitalisme ?
Le résultat a été très
variable : tous les pays de l’ex-Comecon ont connu des chutes de leurs
revenus nationaux, pendant au moins deux ans. Certains pays sont plus
affectés : ce fut notamment le cas de l’URSS, qui perdit la moitié de son
produit national en quatre ans, ou l’ex-RDA qui perdit à la fois ses
partenaires extérieurs du Comecon et sa clientèle nationale (la parité des
deutschemarks Est et Ouest ayant entraîné une ruée sur les productions de
l’Allemagne de l’Ouest). Les pays ex-frontaliers du bloc de l’Ouest sont
rapidement sortis de la récession pour entamer une forte croissance :
ainsi resurgirent la Slovénie, la République Tchèque, les pays baltes, ou
encore la Pologne. Les états orientaux (Roumanie, Bulgarie, ex-URSS) restèrent
plus longtemps dans la dépression, au point que, par sondage, on sut en 2001
que la moitié des russes constataient que leur situation était pire que sous
l’URSS. Et ce n’est que peu de temps avant la crise de 2008 que la Russie
revint au niveau de son produit national de 1990… Le constat sanitaire est le
même : les états d’Europe centrale ont rompu, dans le milieu des années
90, avec la tendance à la baisse de l’espérance de vie qui s’était enclenchée
dès la fin des années soixante, et entamèrent ainsi leur rattrapage sur la
condition des occidentaux. A l’inverse, la Russie connut, surtout chez les
hommes, plusieurs aggravations de la mortalité, atteignant le fond à la fin des
années 90, pendant que la natalité était au plus bas. La population de la
Russie est ainsi passée de 148 millions d’âmes en 1994 à 140 millions en 2008,
et l’Ukraine de 52 à 49 millions.
VI.
Une
société communiste à venir, ce serait
quoi ?
VI.1 Qui doit posséder les
entreprises ?
Parler
de « propriété collective » revient à parler de réalités très différentes.
Cela peut être la propriété d’une entreprise par les salariés qui y
travaillent. Cette solution, la plus proche de l’autogestion, possède le défaut
de créer une inégalité entre de très grandes entreprises situées sur des
secteurs stratégiques (pensons à EDF) et des petites entreprises vulnérables.
Aussi, une entreprise a généralement besoin de financement extérieurs. Une
petite entreprise autogérée sera de faite soumise à ses créanciers, même s’ils
sont publics.
La
propriété collective peut aussi être celle de l’Etat, pour peu que celui-ci
soit démocratique. Par démocratique, on entend non pas une démocratie pure,
transparente et participative, mais au moins un régime où un grand nombre de
citoyens mécontents peuvent faire basculer un gouvernement. En dehors de cela,
la propriété d’entreprises par l’Etat (dont la France a largement l’expérience,
mais elle n’est pas la seule), est une des forme les moins démocratiques de la
propriété.
Les
entreprises socialisées peuvent aussi appartenir à des sociétés distinctes de
l’Etat, dont seraient membres tous les travailleurs (voire tous les citoyens
adultes) en tant que sociétaires. C’est-à-dire que chacun y disposerait d’un
droit de vote par tête, ni plus, ni moins (ce droit étant inaliénable, nul ne
peut vendre sa part). Les administrateurs de cette (ou ces) société seraient
donc élus indépendamment des élections qui désignent le Parlement, et peuvent
donc leur être opposées politiquement, mais seul l’Etat disposerait de forces
de l’ordre. Il pourrait aussi y avoir plusieurs sociétés, se partageant le
capital des entreprises, avec des sociétés régionales par exemple. Ce pourrait
être l’avenir de sociétés publiques telles qu’EDF ou la SNCF que de devenir
directement les biens des citoyens, sans l’intermédiaire de l’Etat.
VI.2 Une économie communiste
doit-elle forcément être planifiée ?
Pas nécessairement. Une économie de
marché mettant en concurrence des entreprises appartenant à des salariés peut
être une économie socialiste. Ce n’est pas l’avis des marxistes-léninistes pour
qui le communisme doit aboutir à la fin du marché. Mais le Communisme doit
avant tout consister en la propriété et la souveraineté collective. Or, si
ledit peuple, classe ouvrière comprise, demande le maintien d’une économie
marchande, est-ce communiste que d’imposer la planification ? La réponse
est non.
Il n’y a pas non plus d’absurdité à
ce que deux entreprises appartenant à la même collectivité se fasse
concurrence. Deux sociétés possédées par un même groupe capitaliste peuvent
être en compétition sur le même terrain actuellement. Et le risque d’ententes
sur le dos des fournisseurs ou consommateurs peut se combattre si l’on sépare
l’Etat (qui dispose de la police, de l’armée, finance les tribunaux) et la
collectivité des travailleurs (qui possède les entreprises, cf. question
précédente).
VI.3
Le Communisme doit-il reposer sur l’altruisme ?
N’en
déplaise à Ernesto « Che » Guevara, la réponse est non. Contrairement
à ce qui est souvent dit dans les discours angéliques des gauchistes, le
capitalisme ne se distingue pas par la cupidité (qui existait tant dans le
féodalisme, que dans les commerces antiques ou médiévaux, ou dans toutes les
bureaucraties du monde), mais par la propriété privée, l’exploitation de la
main d’œuvre salariée et la concentration du capital. En supprimant au moins
les deux premiers caractères, on sort du capitalisme, on n’évolue pas pour
autant vers un monde altruiste.
Dans
une société communiste, il pourra donc toujours être possible de rechercher
l’enrichissement personnel. Le problème d’un communiste n’est pas tant la lutte
contre la recherche du gain chez les individus, mais comment ce gain se
réalise : si c’est par le travail, l’héritage ou la propriété (seul les
revenus du travail -et de la solidarité pour ceux qui ne peuvent travailler-
sont admissibles pour les communistes).
VI.4
Y a-t-il des idées, des programmes pour le Communisme ?
Je
propose mes conceptions dans les documents suivants.
(fichier Un
Programme Communiste – Introduction)
(fichier
Un Programme Communiste – Programme alloc)
(fichier
Un Programme Communiste – Programme éco marché)
Mail :
diadorecronos@hotmail.com